Je reviens à la vie, avec un v majuscule, donc la Vie, oui... Si je reviens, ici, au virtuel, qui peut s'écrire aussi en Virtuel, c'est par et pour les lettres, les belles,
que je lis en ce moment, un peu par devoir, beaucoup par plaisir -- un recueil des nouvelles indiennes, écrit en hindi, par Himangshu Joshi.
Dans la préface, le premier texte de ce recueil des nouvelles, qui peut être aussi bien considéré comme une nouvelle en soi, l’auteur a offert cette question commentaire : Pour un
conte, ne pas devenir un conte, c’est ça devenir un conte, n’est-ce pas ?
Ainsi les nouvelles expriment aussitôt le désir d’expérimentation avec la structure narrative, qui relève une question de fond : qu’est-ce qui est un conte ? et en engendre d’autres : qu’est-ce
qui ne l’est pas ? où est la frontière entre la vraie vie et les contes ? dans un texte, où faut-il placer cette frontière ? Dans les nouvelles de Himangshu Joshi cette
ligne est si fébrile ! Effaçant et déplaçant sans cesse cette ligne de séparation - ce qui est la ligne de départ pour n’importe quelle nouvelle, histoire, conte – Himangshu Joshi met ses
histoires en une continuité éternelle, créant une ambiguïté permanente : dans ce conte, qu’est-ce qui est conte et qu’est-ce qu’il ne l’est pas ? Et cette question n’est pas autant pour la quête
de la vérité ni du véridique, mais pour savoir où placer son regard, où faut-il se concentrer ? où est le centre, le but, le noyau de ses nouvelles ?
Et bien il n’y en a pas. Et pour le bonheur.
Défilé des personnages, qui entrent dans la scène sans être véritablement introduits, leurs prénoms suffisent, parfois seulement leur unique commentaire, un geste, un regard, une présence
éphémère, un passage en éclair. Ces personnages, caractérisés par l’économie de moyens de séduction, finissent par nous séduire en épuisant le peu. Himangshu Joshi prend ici une grande
liberté, qui accorde une fluidité aux textes. Cette liberté se traduira aussi en une confiance qu’il fait au lecteur : il fusionne le niveau de conscience de l’auteur et celui du lecteur ; il
exige, il veuille et il est sûr que le lecteur sache saisir les personnages, les comprendre et les reconnaître exactement comme lui, l’auteur, le père et le dieu de ses personnages.
Défilé aussi des incidents, des souvenirs simultanés, des évènements divers, juxtaposés, parallèles, en chassé-croisé. Apparemment, au départ, ces évènements restent dispersés, sans lien fort
entre eux… Et puis les fils se nouent.. On peut repérer une certaine parallélisme, une continuation, un effet miroir, entre incident A et incident B : les oiseaux migrateurs près du lac et les
amis/voisins musulmans de l’auteur qui ont du quitter l’Inde lors de l’indépendance, la femme psychiquement déstabilisée de l’avion, voulant la mort de chiens pour ses ennemis invisibles et la
collègue du fils de l’auteur – que nous rencontrerons plus tard – la jeune femme désillusionnée, amère et perdue, victime de l’abus sexuelle de son père lorsqu’elle était petite fille… Cette
première nouvelle du recueil s’ouvre sur une série des évènements en chute de perles. Le véritable voyage de l’intrigue, en avion, d’un pays à l’autre, d’un aéroport à l’autre, les instants
décrits en éclair, est aussi caractériel de cette narration qui s’arrête si peu, mais qui voit et repère l’essentiel, juste comme un oiseau : the bird’s eye view.
Je vais reprendre mon livre, puisque, non, je n'ai pas terminé ma lecture, mais j'ai eu hâte de partager le peu que j'ai lu, le grand plaisir qu'il m'a donné, avec vous... N'est-ce
pas gentil ?
(réf. Himangshu Joshi, livres disponibles chez Penguin Book Stores)
Derniers Commentaires