… j’étais dans ma chambre, dans mon alvéole, dans la boîte parmi des centaines de boîtes, j’étais moi-même une femme-boîte, la femme de Dali, celle dont le corps entier est un ensemble de
tiroirs. Ouverts ou fermés. Le passé récent, le futur proche et le présent continu se confondent. En tâtonnant le tiroir, une lettre à l’encre pâle, un vieux peigne, un mouchoir qui perd sa
blancheur et devient une vieille peau jaunâtre, un caillou transparent ou rien du tout, le vide, une odeur du vieux bois et de la poussière…les innombrables moments comme la lumière blanche des
phares…les points sont en mouvement, lentement, les points blancs deviennent des lignes à l’infini, tous les souvenirs continuent en parallèle, parfois ils se croisent. La vie est cachée dans de
divers tiroirs. La vie n’est que les souvenirs simultanés. En hiver et en automne. De Sarat Bose Road à Calcutta jusqu’aux murailles au bord de la mer de Pondichéry. De chambre 212 de la Cité
Universitaire jusqu’au pub à Saint Germain. Le mur rouge du pub, les miroirs baroques dans ses toilettes.
La mémoire est cette liberté. M’égarer librement dans les allées de la mémoire.
(extrait de mon roman)