Mercredi 9 avril 2008




Madame Shhh : Présence 
                       sous absence 
                       Un vide 
                       pour signaler le comble
                       Un blanc 
                       à la place de la signature
                        ...
                       Les bestioles bougent et bueguent 
                       La toile des mots tremble à peine 
                       Sous le vent du soir

Monsieur  Ô :   Je soussigné blanc sur blanc
                       absent du vide
                       dans les combles de ma présence.
                       La place de choix en somme.

                                      La toile se froisse de joie
                            et les mots s'enchiffonnennt
                            à la balançoire 
                            du temps mieux.
                            Alors voilà les champs de fleurs
                            le beau cyber printemps
                            et ma victimitude en carte
 
                         

Madame Shhh : Douce lueur orange
                            filtrée à travers 
                            les voiles
                            des nuages 

                           Le temps mi haut 
                           mi bas 
                           balancé 

                          entre le
                          froid et
                          le chaud
                          Le cyber printemps

                         des joies simples
                         des ailes 
                         battantes 
                         des mots 

                        en demi-teinte

Monsieur  Ô :  C'est un bateau de vent,
                         fait d'horizon.
                         Je l'invente et il
                         fait des vagues.

                         Coque taillée,
                         encre sans chine,
                         j'écris à voile: 
                         vapeur d'azur
                         azur
                         azur et
                         ancre au cerf-volant.

                         Entre les lignes
                         voyages,
                         espaces et traits,
                         signes qui voient.

                         Entre les voyages
                         le temps,
                         ses espaces et encore
                         tant

Madame Shhh : Je suis horizontale
                       même debout
                        je suis allongée
                        je cherche la ligne 
                        verticale

                        Le temps 
                        parfois
                        vertical
                        et
                        en l'attrappant
                        je fais 
                        un saut 
                        à la perche

                        Je traverse 
                        l'espace
                        du temps
                        les poches 
                        perdues
                        du temps

                         Le bateau 
                         ivre
                         d'azur 

                         Je bois le ciel
                         et la mer 
                         monte 
                         lente-
                         ment
                         près de moi

...

Résultat d'un dialogue spontané ...

A suivre : pour trouver Madame Shhh : http://www.myspace.com/sumana

               et pour trouver Monsieur Ô : http://www.myspace.com/slam_et_poesie  

par meghna publié dans : poésie communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 27 février 2008

LionelRay-copie-1.jpg

"De mots furtifs en images brèves, j'accomplis mon métier d'oiseau : je ne m'attarde pas.", ainsi se décrit le poète Lionel Ray. Aujourd'hui il publie son 20ème livre, mais cette fois-ci non un recueil de poèmes (tous disponibles chez Gallimard) mais un recueil d'essais sur la Poésie - la Poésie, certains la disaient mourante ! - la voilà célébrée par un des plus grands poètes d'aujourd'hui : 

Le Procès de la vieille dame



aux éditions de la Différence, aux librairies à partir du 6 mars

"(...) si l'on me demande ce que Louise Labé et Supervielle, (...) Cendrars, Valery Larbaud, Cocteau, Georges-Emmanuel Clancier, Aragon et Izoard, Claudel et Guillevic, René Char et Claude Esteban, Hugo et Hélène Dorion, ont en commun, je sens que je ne pourrais répondre qu'en renvoyant à moi-même, à ce que je crois et ce que j'écris. Nos lectures sont nos miroirs..." - dit-il. 

A vous de découvrir :
http://www.ladifference.fr/fiches/livres/procesdelavieilledame.html.

 

 

par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Dimanche 27 janvier 2008


normal_automne-16.jpg

Pour analyser les problèmes de la différence des mondains, des perspectives socio-culturelles :
du même poème - "de l'errance ou dormir" (extrait du recueil "Nuages, Nuit", Lionel Ray, éd Gallimard) :
maintenant la colline s'accroît du poids du ciel.
encore un peu de vent et nous voilà surgir
dans la si fraîche odeur des pêchers déchirants
la nuit a pris le fleuve par le bras lentement
les mots se sont posés comme des mouchoirs sur l'herbe
comme l'oubli pauvres mots sans faste ni lointains.

                                                             (première strophe)
   le troisième vers du poème : 

dans la si fraîche odeur des pêchers déchirants 
 
Traduire "pêcher" n'était pas impossible puisque le fruit existe dans la littérature étrangère disponible pour les lecteurs indiens. Mais la forme exacte de ce fruit, sa couleur orange-dorée, le velours de sa peau et le poids qu'on sent quand on le tient dans sa main, sa saveur et son odeur, toute une nostalgie, tout un vécu avec lui, des souvenirs enfouis, toute cette "histoire" qu'évoque le mot "pêchers" est absente pour un lecteur bengali. On peut se venger ainsi en citant mille et un exemples de fruits et de fleurs exotiques qui resteront "loin" de la psyché des français.
Mêmes remarques au sujet des vers suivants : 
                                                 [...] dors à 
pleine poitrine à pleines mains à plein automne

Encore, traduire "plein automne" n'est-il pas difficile au niveau linguistique mais il l'est au plan affectif. Un Bengale qui n'a connu qu'un automne court, gris, ascétique, et très loin de la plénitude et de la volupté mélancolique de cette saison européenne qui fut la saison préférée des Romantiques.
On peut avoir le même propos sur "ces années d'oranges"....sur "soldats fondants" (soldats de plomb)...

On sait maintenant que le vécu lui-même est insaisissable, pas seulement le rêve dont il est issu. On ne connaîtra jamais assez la machinerie des pensées du poète. La volupté et la mélancolie s'entrelaçent, l'histoire personnelle et l'Histoire du pays se cotoient, les mots brûlés resurgissent. "Ce qui chez d'autres est angoisse ou dérangement, devient chez lui une douce féerie de la méconnaissance" (Alain Bosquet, dans l'article "Lionel Ray : pour un langage éclaté" publié dans Le Matin en 1983.

A suivre...

par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Jeudi 24 janvier 2008

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Ce qu'on perd et ce qu'on gagne :

Un poème de Lionel Ray : de l'errance ou dormir  extrait de Nuages, Nuit (éd. Gallimard)
(...) les yeux ouverts sur des chemins informels dors
dans le sel et l'eau somptueuse. je suis le 
satin de tes nuits je suis du temps abrogé
établi sur des morts. tu es ma paix furieuse
ma danse ma ménade. dors dans l'oreille 
des cendres dans le vert glacial la note brève.

                                                                    
(extrait)

Dans ce poème où il y a une collection d'images rares, il me semble que Lionel Ray manifeste son ambition d'instaurer un nouveau statut  du langage poétique, autonome, confirmant son ambition d'écrire "un texte fragmenté qui se détruise au fur et à mesure qu'il se fait, et soit susceptible d'être réinventé à l'infini". 

A sa traduction, parmi les maints problèmes que j'ai connus, aujourd'hui je vous en propose un : 
L'absence du genre des mots en bengali : 
[...] tu es ma paix furieuse
ma danse ma ménade.

Pour traduire "ma paix furieuse " je me suis laissée tenter par une petite aventure linguistique. En français le terme "paix" est féminin et donc par la simple application de la règle grammaticale il sera accompagné par un adjectif au féminin. Mais le sous-entendu va au-delà de la linguistique : le mot "paix" est attribué à "tu", à la "femme" du texte. En traduction bengalie ainsi au lieu de me contenter d'un adjectif quelconque désignant tout banalement "furieux" ou "furieuse", (puisqu'il n'y aurait qu'un seul terme pour deux - à cause de l'absence du genre en bengali), j'ai cherché parmi les mots dérivés du sanskrit. Et je trouve alors ce mot "rousha" qui veut dire une femme furieuse, ou une femme qui se met en colère facilement, mais qui est aussi un prénom d'antiquité hindoue. Le mot est sensuel grâce à cette sonorité en "sh", sans oublier la rondeur de "rou". Quant au mot "paix", il se traduit par "shanti", où il y a encore un "sh", et il se termine par un "ti" définitif - "rousha shanti". Voilà : on recrée la sensualité et la volupté d'une guerre amoureuse. 

A suivre... 

 

par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Profil

  • : meghna
  • nuage-9
  • : Femme
  • : 27/06/1973
  • : Paris
  • : D'origine indienne (bengalie) vivant depuis presque six ans à Paris, je suis fascinée par la langue et la culture françaises. Auteur, traductrice, j'essaie de créer une passerelle littéraire/culturelle entre l'Inde et la France.

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Je est un Autre, ici, l'Autre de moi, de mes émois... je suis devant ce miroir, ce miroir des mots et des images...Je parlerai de ma vie réelle, aussi de celle qui est rêvée. Je vous parlerai de mes errances : le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l’amour ou presque. Je vous parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête.  

 

                  letempsdescerises-L641b.jpg                              Mon recueil de 20 poètes bengalis traduits en français, préfacé par Lionel Ray, publié à Paris (2007) doce-poetas-bengalis.jpg Mon recueil de 12 poètes bengalis traduits en français et en espagnol publié à Murcie (2005)
 



Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt

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