Film

Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /2009 20:12

 

 

Oliver Twist indien ? Et oui, cela doit bien exister. Dans les bidonvilles au pied de toutes les grandes villes de l'Inde, dans les villages mutants et dans les villes gargantuesques, il doit bien y avoir des enfants, de petits-soldats. Leur propre vie devenue le champ de bataille. Ce film britannique me touche pour plus d'une raison. J'apprécie ce regard anglais, affectueux, posé sur l'ancienne colonie; j'apprécie le sujet, dans les deux sens, de ce film. Le sujet, le protagoniste - un gamin issu des bas-fonds de la ville de Mumbai qui "touche le ciel" en gagnant à "Qui veut gagner des millions ?";  le sujet, l'intrigue du film - un gamin issu des bas-fonds de la ville de Mumbai qui "touche le ciel" en gagnant à "Qui veut gagner des millions ?". Pour une fois, le cinéma sur l'Inde - soit, ce n'est pas un produit indien - ni film d'auteur - s'intéresse d'une manière réaliste au peuple, sans le folkloriser, sans mettre le paquet de kitch. Notre sujet n'est pas maître de tout, dès sa réussite fulgurante, il est arrêté par la police, tabassé, interrogé, torturé - c'est si invraisemblable comme exploit pour celui qui était si mal loti ! Mais pour ce Gavroche indien, la rue était l'école. Comme inspiré d'un titre de Maxime Gorky : Mes universités, qui ne sont autre que le monde, notre monde, la rue... Face aux interrogatoires, notre Oliver Twist raconte...

Encore une fois c'est la ville impossible, Mumbai, avec 14 millions d'habitants, parfois avec une densité de presque 1 million d'habitants au kilomètre carré, la ville où le seigneur est Ganesh (link)- capitale commerciale de l'Inde où les escrocs des orphelinats mutilent les enfants pour en faire des mendiants, les gangsters règnent, et pourtant "quand le Dieu veut se montrer généreux, il vous donne en crevant la toile du ciel"- selon un proverbe indien. Inspiré d'un roman de Vikas Swarup, le film de Danny Boyle (link), une sorte d'Oliver Twist indien, a convaincu et le peuple, et les jurys - Golden Globe et bientôt peut-être Oscar (link). Tragique, drôle, horrifiant, ce paysage mouvementé ne manquera pas d'émouvoir les âmes sensibles...

Par meghna - Publié dans : Film - Communauté : Tout est chemins
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Samedi 31 mai 2008 6 31 /05 /2008 12:29



Bulle Ogier est Rosemonde. Le prénom ressemble quasiment à Mlle Toutlemonde. Un jour plus tard, on lui donnerait un autre prénom, selon le calendrier des saints. Issue d'une famille nombreuse, en pleine campagne déserte de la Suisse, près de la frontière française, elle change de petits boulots comme d'habits, et avec autant de nonchalance qu'elle mâche son chewing-gum. Elle a aussi sur ses frêles épaules de vingt-un ans le fardeau d'un crime - celui d'avoir tiré sur son oncle dont elle assumait les tâches ménagères dans sa maison isolée. Faute de témoins, Rosemonde a bénéficié d'un non-lieu.

Deux jeunes écrivains, essayant de survivre avec leur peu de moyens, dont les chambres modestes sont décorées d'affiches de Marx et de rideaux artisanaux africains, décident d'écrire un scénario tiré de ce "fait divers".

La ville vient vers la campagne. Les intellectuels tendent les bras vers la prolo. Les deux mondes différents se côtoient, s'entrelacent...s'influencent aussi. Le sujet d'écriture déborde la vraie vie. L'objet d'observation renvoie le regard qui déstabilise ces auteurs en laboratoire.

Dans ce film d'Alain Tanner (1971) je trouve un mouvement convergeant vers l'union de diverses sphères; non l'unification, puisque chacune préserve ses traits, il ne s'agit pas de rendre le monde homogène; mais de créer un espace ouvert de rencontre, un lien étroit entre plusieurs mondes.

C'était les années 70...

Cela me donne l'impression de vivre notre temps comme tombée dans une énorme salade mixte. Sous l'apparence des traits communs, les citoyens du Global Village, tous ensemble et en même temps si seuls, se dispersent vers l'infini. Chacun est un monde en soi. Mes premières années à la Cité-Universitaire m'ont donné l'occasion de rencontrer au moins 250 étudiants tou(te)s aimant Roland Barthes, tou(te)s s'habillant en jean délavé et en tee-shirt avec souvent un slogan écolo, tou(te)s aimant U2 - mais qui venaient chacun(e) d'un monde unique, qui portaient en soi un monde entier, un monde en fouillis - ainsi aujourd'hui on peut rencontrer une Lithuanienne qui fait l'éloge du système de la commune pour sa bienfaisance tout en étant croyante pratiquante, baptisée par sa grand-mère en cachette dans l'ancienne URSS; une Algérienne, étudiante en thèse sur Marguerite Duras, qui se voit obligée de refaire son hymen lors d'un mariage arrangé; une Indienne, qui, après avoir terminé ses études du global marketing, entre dans le nouveau foyer, celui de son mari, avec une dot aussi lourde que ses années d'études - chacun et chacune souffrant d'un anachronisme profond.

Ainsi on peut ressentir le patchwork de plusieurs micro-cultures; les différentes années et les différentes décennies existent ensemble, en parallèle - les luttes qu'on croyait déjà gagnées, recommencent...

La cohabitation et l'unification des divergences ...

La fluidité oui - mais aussi les couches complexes et superposées, éclairant nos esprits par demi-teinte...

 

Par meghna - Publié dans : Film - Communauté : Au fil des mots
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Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /2008 12:33



Un bateau arrive à Londres...il pénètre un de ses nombreux canaux, touche presque la terre, sombre, secrète, labyrinthique. La  coque géante du bateau guette la ville, perchée sur son ciel...Un homme rentre dans son pays...Un homme hanté par son lourd passé.

Une simple ligne d'intrigue : la vie harmonieuse, amoureuse d'un homme, un modeste barbier, est brisée à cause du piège mesquin d'un autre, puissant, le juge. Faussement accusé, il fut obligé de quitter le pays. Il revient obsédé par la seule idée de vengeance. Il y aura aussi la boulangère sans clients, sans de quoi préparer ses tourtes, derrière sa vitrine poussiérieuse, dans son décor miteux...et secrètement amoureuse de notre homme, le barbier. Il trouve là un refuge, et ses lames fidèles, ses rasoirs, son bras est désormais complet. Commence un macabre complot, le dernière secours de ceux qui ont tout perdu...
Commence la boucherie du barbier qui croit que tout homme est indigne, tout homme n'est qu'un ver de terre...Et sa collaboratrice la boulangère sert les tourtes à la viande bien délicieuses, les clients ne quittent plus sa maison, désormais accueillante. Comment va-t-il trouver le juge criminel, comment va-t-il trouver sa fille de quize ans, élevée, prisonnière du juge, qui est cette folle mendiante errante dans la ville, comment arrivera-t-il à se venger de toute l'injustice qu'il a subi...à vous de découvrir...Sweeney Todd - dans ce merveilleux film de Tim Barton, avec le magistral Johnny Depp et la brillante Helena Bonham Carter la boulangère. 

Dans une ambiance très Dickens, les bas fonds de Londres (on pense aussi à L'Opéra de quat'sous) dont la nuit préserve les germes de la révolution industrielle, où les pauvres sont de plus en plus pauvres, les enfants ont encore droit aux coups de bâton au moindre délit, les rats rôdent dans les rues et les ruelles et ainsi les hommes, traînent dans les égouts - ce film musical bascule entre le réalisme cruel et le fantasme enchanteur. Tim Barton a ce génie de verser litres et litres d'hémoglobine sur l'écran, de sensibliser les spectateurs à la boucherie juste comme il faut, et en rester distant à la fois...Un équilibre parfait entre le réalisme et la fantaisie, entre la sensibilisation et la distraction, entre le réel et l'excès...Arrêt sur images : lorsque le barbier et la boulangère chantent en duo, mais chacun impitoyablement seul dans son récit, l'un pour sa vengeance, l'autre pour son désir d'amour, un chassé-croisé où l'un recontre l'autre, mais pour le perdre, pour s'enfuir...Aussi, lorsque le barbier et son ennemi le juge, chantent ensemble, tous les deux, un éloge des femmes, n'est-ce pas la vertu et le vice qui cohabitent, qui s'entremêlent pour un instant...? Et l'homme enlace presque son ennemi...pour mieux lui trancher la gorge...à la fin...

Ceux qui cherchent les symboles, ils les trouveront. 
Ceux qui cherchent une simple histoire agréablement racontée, ils la trouveront.
Ceux qui cherchent à être émerveillés...ils seront...émerveillés...

Par meghna - Publié dans : Film - Communauté : Parlons d'amour
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Mardi 18 décembre 2007 2 18 /12 /2007 11:32
 


La science fiction sert à exploiter les meilleurs progrès techniques, à inventer un monde du futur, et ceci pour remonter au passé. Le principe est du contre-principe. Exploiter le "moderne" pour déplorer le "passé", le "démod(ern)é". Les souvenirs s'entrelacent, 1958 et 1967, la courtisane tigresse et la fille rêveuse du maître d'hôtel, la femme mariée oubliée, la joueuse professionnelle, toutes reviennent dans les mains de la mémoire, se confondent dans la tête du journaliste-transformé auteur du porno-évolu en auteur d'un chef-d'oeuvre romanesque.... Et le train nous emmène loin où les souvenirs restent gravés pour toujours en nous, rien ne s'y perd plus... L'Espace se transforme en Temps : c'est l'année 2046, c'est le numéro de chambre dans cet hôtel où passent tous les drames, les fulgurants et les subtiles, les déchirants et les tendres.... Le train nous emmène loin où il ne reste plus que les androïdes, celles qui écoutent mais ne répondent jamais, ce n'est pas parce qu'elles ont des déformations du système, ce n'est pas parce que vous ne leur plaisez pas, c'est peut-être parce qu'elles ont commencé à aimer quelqu'un d'autre... elles sont en effet dans un autre monde.....Autrefois on creusait un trou au tronc de l'arbre pour y confier nos secrets..... En 2046, ELLE, l'énigmatique, fait un cercle avec ses doigts : pour vos secrets voici le vide, le trou éternel..........
Oui Wong KAR-WAI, toujours..... 2046, toujours.........
Par meghna - Publié dans : Film - Communauté : Parlons d'amour
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Mardi 18 décembre 2007 2 18 /12 /2007 11:30
 
How many miles must a man walk down...
Combien de kilomètres faut-il qu'un homme traverse, pour qu'il soit digne d'être appelé "un homme", un vrai, un bon ? Pourqu'on puisse lui consacrer "La sonate pour un homme bon" ? "La vie des autres" pose ces questions, autrement oubliées, ces questions d'autre temps, où il s'agissait encore de devenir un homme bon, de créer une nouvelle forme de société, le temps qui s'est tu et ne recommencera plus jamais ! Ou... ? Infiniment sobre et infiniment humain, dense et fin, sans mélo ni pathos, La vie des autres nous montre la déchirure de l'âme, les rêves brisés, et encore, l'espoir d'un homme, un bon, un vrai.
Je suppose que vous avez déjà vu le film, si non, le résumé sera ainsi : quelques 4/5 ans avant la chute du mur de Berlin, un écrivain (auteur de pièce de théâtre) est suivi par STASI, le KGB de l'Allemagne de l'est. Il est conforme au régime communiste, apparemment. Mais le cerveau humain est toujours suspect, surtout celui des intellos, des artistes... "la mite commence par là..." : l'autorité veut tout savoir, tout contrôler. Engagé à l'espionner, un agent de STASI devient le triosième élément invisible de la vie de l'écrivain, de sa compagne, ravissante actrice du théâtre. Lecture de Brecht, piano et Beethoven, leur amour fidèle et leur peur d'être classés comme "ennemi" de l'état, du régime communiste - tout est à l'écoute de cet espion qui se cache au-dessus de leur appartement, dans le grenier vide, froid, solitaire. Goutte par goutte la sonate pour un homme bon entre dans son sang et sa chair.... lui qui est intègre, intransigeant vis-à-vis du parti communiste, il est intègre aussi vis-à-vis de la Vie. C'est lui qui essayera de sauver l'homme, l'écrivain, sa compagne... la liberté d'homme. Ce qu'il devient, après son contre-espionnage, est facile à deviner....mais reste toujours le lien invisible, indestructible entre deux hommes qui ont été profondément bons dans un temps de l'épreuve. Et ainsi l'espoir continue....
Sublime ! Vous l’avez déjà vu, n’est-ce pas ?!

 

Par meghna - Publié dans : Film - Communauté : Parlons d'amour
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Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

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Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)


Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)



Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt

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