"On dirait que la ville est couverte de poussière grise depuis des siècles. C’est un royaume de poussières. Les arbres dans ce début d’hiver sont penchés,
accroupis, soumis sous le poids de la poudre grise. Les feuilles ne bougent pas. Les rues et les ruelles disparaissent derrière le brouhaha du marché aux légumes et aux viandes qui déborde le
trottoir. Les voitures, les autobus et les taxis, aussi poussiéreux que le reste, montrent parfois leur carcasse en bois et en aluminium léger. Une foule lente, fatiguée, pourtant
animée.
Far Far West ?
C’était la banlieue de Calcutta. Mon escale de cinq jours." (extraits de Fenêtre sur l'abîme)
"(...) parfaitement Indienne. Non je ne le suis pas. Je suis l’étrangère obstinée qui est en attente sur la dernière marche devant la porte de sa ville adorée, qui
perd son passé, perd son avenir, qui met en péril, son présent… et vit.
Sauf, parfois, soudain, une rue, un petit salon de thé, ses bancs de bois pauvre, lisses et noirs avec le temps, l’odeur du lait brûlé et du thé
trop bouilli, des visages et des sourires autour du four, connus et chéris pendant toute une vie, le bruit des bus extravagants en concurrence entre eux se fichant des règles de la circulation
routière, la foule comme l’arrière-plan d’une pièce de théâtre populaire, des nuages qui attendent derrière les gratte-ciels et qui apporteront la pluie, une nuit, un matin, une maison avec son
jardin, quelque chose à la fois proche et lointain, le parfum qui rappelle l’enfance, la vie, un visage d’homme qui rentre du bureau et qui a un petit paquet de pâtisseries pour une enfant, le
visage en sueur et une chemise bleue ciel, une femme qui chantonne devant la fenêtre et attend la pluie, la pluie qui attend derrière les gratte-ciels, tout revient, resurgit, comme des meubles
et des immeubles saccagés et des cadavres de bétail après le raz-de-marée, dans ma tête." (extraits de Fenêtre sur l'abîme)
Seule - puisque maître de la maison est au déj. avec ses amis - devant l'écran de mon ordinateur portable d'où sort aussi la voix perçante des chanteurs du Bollywood, je retranscris, je répète,
je rabâche les mots de mon roman ici sur cet article...
Qu'est-ce que j'écrirai cette fois en 2009 février... après mon court séjour à Calcutta ?
Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)

Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)

Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt