Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /2008 16:07

 

 

Debout devant la porte, ajourée en bois et imposante, fermée surtout, je téléphone à nouveau à Mme la traductrice jurée. Elle est en route. Elle arrive. Ne pourrais-je donc pas l'attendre encore un peu ? Cela allait de soi que je l'attendrais. Mais comment ? La question n'est plus de "to be or not to be", être ou ne pas être en attente, mais comment rendre cette attente soutenable. Je scrute le quartier par un regard caché sous mon chapeau cloche en laine ocre. A part les lycéens branchés i-pod et jacassant, envahissant le trottoir, une boulangerie et d'autres petites boutiques aux vitrines garnies pourtant endormies, les sapins décorés aux coins de la place en bas, cette rue proche et au nom de la Tour, semble bouder les passants inhabituels, leur refusant le moindre café pour chauffer le temps de l’attente. Jetant à nouveau un coup d’œil autour de moi sous mon chapeau cloche en laine ocre, je découvre cette fois une petite galerie juste à côté de la porte sourde et muette de ma traductrice jurée. Il ne me restait qu’à poser ma paume droite sur la porte en verre, la pousser et sourire grand aux deux femmes papotant dans la petite salle.


Astrid est peintre. Si l'on est "in the mood for mirror", pour trouver et perdre les chemins vers l'infini, on aimera alors ses jeux de miroirs. C'est un monde de reflets, de regard, d'errance. Miroir après miroir, nous errons, nous nous égarons. C'est aussi un monde des peintres vu par une peintre. Du film JLG sur JLG (linkà l'autofiction de Millet et d'Angot et de tant d'autres, le regard sur soi, le narcissisme, l'amour pour son miroir est inépuisable : et par son principe, et par sa forme... "Je me regardais de plus en plus dans les vitrines des boutiques et des cafés…les voitures qui étaient garées au bord du trottoir, un pur bonheur, mes miroirs infinis. Les miroirs des regards aussi. Surtout. Je me baladais à Paris comme dans un énorme palais de miroirs et de verre. Je me regardais de plus en plus dans les vitrines des boutiques et des cafés…les voitures qui étaient garées au bord du trottoir, un pur bonheur, mes miroirs infinis. Les miroirs des regards aussi. Surtout. Je me baladais à Paris comme dans un énorme palais de miroirs et de verre. The Glass Palace." (extrait de Fenêtre sur l'abîme (extraits) -éd. de la Différence). Se balader dans les tableaux d'Astrid sera une errance joyeuse et infinie... Pour garder le pied ferme sur le sol de l'atelier, elle a peint aussi les outils d'artiste - les pinceaux, les brosses, la palette, le chevalet. La nature non pas morte mais juste en arrêt de travail, en suspens, en attente. De la Belgique déchirée par la guerre des langues, elle a emmené à Paris les chemins du rêve, de l'irréel, de l'infini...


Ania est sculptrice de Pologne. Pour elle l'arbre sera le tronc de l'existence humaine. Sa source de sève, sa racine, son écorce vive. Ici aussi la forme et le fond se confondent. Le corps humain devient l'arbre ou l'arbre génère le corps de l'homme. Le tronc rongé, poreux, en miette, la peau d'homme, le corps d'homme, ce sont les hollow men de T.S. Eliot ?
We are the hollow men
We are the stuffed men
Leaning together
Headpiece filled with straw. Alas!
(...)
This is the dead land
This is cactus land
Here the stone images
Are raised, here they receive
The supplication of a dead man’s hand
Under the twinkle of a fading star.

Les hommes-arbres écorchés vifs d'Ania restent comme les constats de cette vie dans ce "pays de cactus". Seul signe d'espoir est le couple enlacé sous l'arbre : eux voluptueux, eux intacts, sous l'arbre vieillissant... Le temps vaincu, un instant, par la caprice et l'audace de l'artiste. L’espoir est une audace.

Mon temps d'attente fut ainsi rempli de rêveries et de jouissance...



EXPOSITION du 27 Novembre au 21 Décembre 2008
GALERIE DU XVI - 104 rue de la Tour - 75016 Paris
Par meghna - Publié dans : Playing with-out-of-focus - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

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Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)


Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)



Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt

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