il faisait chaud ... le ciel stagnant.... elle trébuchait sans cesse sur le même morceau de sa musique à lui... le même rythme
... la même vitesse... et maintenant il se contrôle et se plonge plus profond ... il trouve son chemin dans le sable mouvant, dans le marécage... elle est une fleur carnivore... elle
ne veut pas le lâcher... elle éclate de rire et il éclate de rire et ils ne savent pas qui est en train de dévorer qui ... qui est en train de tuer qui... la peau brille comme le soleil
brûle ... s'il pleut, elle sera trempée, ils seront trempés... ils recommenceront à jouer avec sa main à lui et le décolleté en broderie blanche à elle...
nous ne sommes pas seuls même lorsque nous le sommes, physiquement - nous sommes la continuation des
moments, la compilation des Autres... la pureté, dans ce sens, est une aspiration du moyen-âge - nous sommes, je suis, un collage, un cocktail, un patchwork, une potion magique de tant de
pensées, rêves, mots, regards, chuchotements, silence, attente, désir des Autres...
les mots sont comme les échos, toujours; ils vous suivent, vous et vos émotions; ce n'est pas comme se plonger directement dans l'eau et sentir la fraîcheur; ce n'est pas comme danser en short en
jean et sentir les perles d'émeraude sur votre peau tandis que d'innombrables langues dorées de la lumière glissent sur vous de la tête jusqu'aux pieds... ce n'est pas comme toucher l'espace
granuleux de la toile et l'éclabousser avec de la peinture... non dans l'action, mais en réaction, les mots.... pourtant... comme vous vous laissez emporter... le rythme vous attrape.... les mots
à flot ... et vous nagez et vous dansez et vous caressez et vous souriez et vous désirez ... encore plus.... lorsque vous écrivez....
...
lorsque j'écris, maintenant, assise jambes croisées sur ce fauteuil, en face de la structure en verre-acier-transparente-ouverte, mon
ordinateur portable pesant sur mes cuisses, les chauffant, créant des tatouages éphémères sur ma peau chocolatée brillant du bain, mes bras nus à peine movant, seulement mes mains, en
mouvement, les doigts traçant les lettres sur le clavier... ce n'est que cette partie de moi est concernée lorsque j'écris - est-ce que je ressens quelque chose, la moindre des choses, tout,
partout, ailleurs ? quelque part au fond de moi ? lorsque j'écris, ces mots, ariel black sur le support d'overblog, sont-ils prononcés à l'intérieur de moi ? où sont-elles les cordes
vocales ? ce que je ressens et ce que j'essaie de lui faire ressentir n'est-il que l'absence ? tout ce qui manque, tout ce qui n'est pas son ni odeur ni toucher ni regard ni sourire ni
hurlement fusionnés dans une brume devenu l'attente étouffant sous la gorge l'aggripe avec son intensité et son absurdité amusée et l'absence est transformée en mots, le
desir pour le desir est devenu le desir en soi et du vide se réveillent maintenant les mots...
Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)

Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)

Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt