Bulle Ogier est Rosemonde. Le prénom ressemble quasiment à Mlle Toutlemonde. Un jour plus tard, on lui donnerait un autre prénom, selon le
calendrier des saints. Issue d'une famille nombreuse, en pleine campagne déserte de la Suisse, près de la frontière française, elle change de petits boulots comme d'habits, et avec autant de
nonchalance qu'elle mâche son chewing-gum. Elle a aussi sur ses frêles épaules de vingt-un ans le fardeau d'un crime - celui d'avoir tiré sur son oncle dont elle assumait les tâches ménagères
dans sa maison isolée. Faute de témoins, Rosemonde a bénéficié d'un non-lieu.
Deux jeunes écrivains, essayant de survivre avec leur peu de moyens, dont les chambres modestes sont décorées d'affiches de Marx et de rideaux artisanaux africains, décident d'écrire un scénario
tiré de ce "fait divers".
La ville vient vers la campagne. Les intellectuels tendent les bras vers la prolo. Les deux mondes différents se côtoient, s'entrelacent...s'influencent aussi. Le sujet d'écriture déborde la
vraie vie. L'objet d'observation renvoie le regard qui déstabilise ces auteurs en laboratoire.
Dans ce film d'Alain Tanner (1971) je trouve un mouvement convergeant vers l'union de diverses sphères; non l'unification, puisque chacune préserve ses traits, il ne s'agit pas de rendre le monde
homogène; mais de créer un espace ouvert de rencontre, un lien étroit entre plusieurs mondes.
C'était les années 70...
Cela me donne l'impression de vivre notre temps comme tombée dans une énorme salade mixte. Sous l'apparence des traits communs, les citoyens du Global Village, tous ensemble et en même temps si
seuls, se dispersent vers l'infini. Chacun est un monde en soi. Mes premières années à la Cité-Universitaire m'ont donné l'occasion de rencontrer au moins 250 étudiants tou(te)s aimant Roland
Barthes, tou(te)s s'habillant en jean délavé et en tee-shirt avec souvent un slogan écolo, tou(te)s aimant U2 - mais qui venaient chacun(e) d'un monde unique, qui portaient en soi un monde
entier, un monde en fouillis - ainsi aujourd'hui on peut rencontrer une Lithuanienne qui fait l'éloge du système de la commune pour sa bienfaisance tout en étant croyante pratiquante,
baptisée par sa grand-mère en cachette dans l'ancienne URSS; une Algérienne, étudiante en thèse sur Marguerite Duras, qui se voit obligée de refaire son hymen lors d'un mariage arrangé; une
Indienne, qui, après avoir terminé ses études du global marketing, entre dans le nouveau foyer, celui de son mari, avec une dot aussi lourde que ses années d'études - chacun et chacune souffrant
d'un anachronisme profond.
Ainsi on peut ressentir le patchwork de plusieurs micro-cultures; les différentes années et les différentes décennies existent ensemble, en parallèle - les luttes qu'on croyait déjà gagnées,
recommencent...
La cohabitation et l'unification des divergences ...
La fluidité oui - mais aussi les couches complexes et superposées, éclairant nos esprits par demi-teinte...
Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)

Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)

Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt