Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /2008 20:37
 
 

 De l'Espagne mon éditeur Javier me signale que tout est prêt ! Le séjour, le vol, les séances de lectures...A Cartagena. A la mi-mai. Javier, sa maison d'édition Lancelot, a publié le recueil des 12 poètes bengalis en version espagnole et française - un livre trilingue - en 2005 ...Depuis il m'invite, avec Lionel Ray, co-traducteur de ce livre, chaque année, dans les différentes villes d'Espagne...De Séville festive à Murcie discrète, de Barcelone grandiose à Almeria sauvage...Cette fois lorsqu'il m'appelle je lui propose de présenter non la traduction des poèmes mais mon roman. Il s'enthousiasme. On fait appel à Paco - notre ami traducteur - professeur de français à la fac de Murcie, co-traducteur de notre précédent livre. Il me rassure de traduire rapidement quelques quinzaines de pages de Fenêtre sur l'abîme.
Pourquoi alors le point d'interrogation ?
Dans les jours qui viennent je reçois le mail de Paco. "Chère Sumana, je viens de survoler ton texte, de façon très rapide, et je le trouve d'une élégance stylistique et d'un niveau poétique inégalable. Il donne en plus une grande impression de réel, ce qui s'accroît par le fait de te savoir de quoi, de quels paysages mentaux, sentimentaux et physiques tu parles." Je rougis, un peu, je suis surtout très heureuse, d'autant plus que mes amis me taquinent souvent en m'accusant d'avoir un Ego gros comme le ballon du parc Citroën. La surprise vient la semaine suivante.
D'abord la belle. La plaquette de ces pages de mon roman traduites en espagnol avec les images qui les accompagnent. Cette couleur de terre me plaît aussitôt. Elle me semble si bien en accord avec la question principale de ce roman - la question de la terre, appartenir ou non à une terre, posséder ou non un corps, le corps comme son territoire...et la fenêtre comme un regard posé sur cette vie de jeune femme indienne, qui pourrait me ressembler tant ! Elle le dit elle-même "Je vis et je me vois vivre. Je vis ainsi toujours deux fois. Il n'y a jamais un seul instant sans son écho. J'ai des milliers de miroirs dans mes mains".
Alors la surprise ?
Le premier mot de ce roman. Dans la traduction espagnole il n'est plus pareil. Loin. Adouci. "Paco ?" Pourquoi ?
"Chère Sumana, Le responsable de Cartagena lui indique que le texte va être adressé à un jeune public, que la mairie de Cartagena est très de droite et trop bigote et qu'elle s'opposerait à l'édition de la plaquette et celle-ci ne serait pas éditée. Dans ces circonstances, il vaudrait mieux tromper maintenant la mairie et faire passer ainsi la traduction complète(...). Voilà ce que je viens de discuter tout à l'heure avec Javier. (...) qui demande de t'expliquer un peu son angoisse et celle de notre ami de Cartagena, Patricio, qui a une idéologie de gauche et qui est très critique de cette droite réactionnaire qui envahit l'Espagne et Cartagena, en particulier. Patricio veut faire des choses dans un milieu trop hostile."
Ah, j'aime quand les ennemis, les réacs, se montrent ainsi nus. Plus de masque. Plus de maquillage ! Le combat est plus ouvert. Je m'inquiète plus lorsqu'ils jouent le rôle des progressistes. Et j'admire tant mes amis éditeurs écrivains traducteurs qui naviguent à contre-courant.

Quel était ce fameux premier mot ?
"Viole-moi".

Le mot « viol » est le diminutif du mot « violence », c’est un raccourci, c’est une partie de la violence, et morphologiquement, et conceptuellement, ce « viol-moi » signifie la violence qui parcourt ce roman, la violence vécue par la narratrice, il le symbolise, le vit et le dompte aussi, comme si c’était un moyen de dompter la grande violence omniprésente, comme si cet acte de viol consenti rendait la grande violence un peu plus viable, et… même jouissive.

Dans douze jours je prendrai l'avion pour l'Espagne, pour Cartagena...pour traverser d'autres abîmes, d'autres terres de pensée...

Par meghna - Publié dans : Fenêtre sur l'abîme - roman (2008) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Commentaires

merci bcp du temps que tu as passé chez moi..je suivrai tes conseils qui me semblent avisés..et lirai ton roman.. bonne chance à toi j'imagine que la jungle littéraire est aussi touffue que ta pugnacité
Commentaire n°1 posté par jeanyves le 30/04/2008 à 08h18
Si j'ai bien compris, c'est seulement la plaquette de présentation qui est édulcorée, alors que la traduction finale ne le sera pas ? bises
Commentaire n°2 posté par Blandine le 30/04/2008 à 12h32
La démocratie n'est pas un état, mais un devenir qui se construit jour après jour à travers des combats grands ou petits. L'Espagne, même si elle a renoncé officiellement au fascisme, a des marges de progrès... mais nous en avons aussi en France, quand le "chef de l'Etat" loue les progrès des droits de l'homme en Tunisie ! Heureusement qu'il existe, ici et de l'autre côté des Pyrénées, quelques auteurs et des éditeurs courageux pour faire tomber les masques de la réaction.
Commentaire n°3 posté par Alain le 30/04/2008 à 15h14
oui Blandine, c'est uniquement pour la plaquette. mais c'est gênant quand-même ! le livre entier s'en tirera intact j'espère !! :-) bisous ...
Commentaire n°4 posté par meghna le 30/04/2008 à 15h39
Cher Alain, Merci beaucoup de ton passage et de ton message. Oui c'est un combat perpétuel, un état de réveil et de veille constant. Dans tous les pays et dans tous les Temps il y a eu et y aura, malheureusement les murs, l'incendie, les barreaux...Je salue moi aussi, beaucoup, mon traducteur et mon éditeur pour leur courage et leur bonne volonté ! Et j'essaie de TOUT dire de ma part modestement....parfois les mots hurlent... Je te dis à bientôt !
Commentaire n°5 posté par meghna le 30/04/2008 à 15h49
La liberté d’expression est tellement fonction du lieu et du temps… C’est un combat de tous les instants (même en France du reste). La littérature tout comme la musique ou d’autres formes d’art a cette capacité de briser les frontières. Je te souhaite de tout cœur d’aboutir. A très bientôt j’espère (peut être sous une toile bleue et un soleil généreux qui déversera son torrent de neutrinos furtifs)
Commentaire n°6 posté par David le 30/04/2008 à 16h31
oui David, il s'agit de la veille constante ! si seulement le soleil et le beau temps pourraient influencer les plus sombres recoins de l'esprit ... !
Commentaire n°7 posté par meghna le 30/04/2008 à 20h05
Oui, la liberté d'expression est fragile et l'intolérance religieuse est toujours menaçante. Il faut toujours se battre. Mais ton livre est plus important que la plaquette. Si le livre est traduit comme tu le souhaites, cela sera un succès sur l'intolérance. Si la plaquette est un extrait de pages plus consensuelles, tant pis. Et puis, si tu as vraiment des ennuis, contacte la presse... Un bon scandale en perspective fera peut-être reculer les bigots. En tout cas, merci de nous faire vivre ses moments, si excitants et aussi un peu angoissants, qui précèdent la parution d'un livre. Continue, parle nous de toi, de ton livre, de votre vie commune ;-) Bizz
Commentaire n°8 posté par kristophe le 02/05/2008 à 19h31
J'aime bcp tes articles, qd tu décris les choses... Et j'avoue j'ai hâte de lire tes livres, ils ont l'air passionnant^^ bisous, a bientot =)
Commentaire n°9 posté par Paloma le 10/05/2008 à 23h07
C'est fou ! (par contre, c'est génial que tu sois traduite en espagnol...entre le bengali, le français, l'espagnol, félicitations ...à quand une traduction dans la langue de Pessoa ? et celle de Shakespeare ? D'autant que tu parles couramment anglais je suis certain...tu écris aussi en anglais ? )
Commentaire n°10 posté par Eknath le 19/05/2008 à 18h04

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Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

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Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)


Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)



Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt

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