Dimanche 2 mars 2008
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19:48
Je ne voyais que son dos. Etalé devant moi comme un tableau blanc. De ce blanc surgissaient les lettres, à l'encre noire, les phrases, les lignes, les paragraphes, en blocs carrés, en morceaux
fragmentés. Son dos avait l’air d’un tableau accroché au mur de la cuisine - « n’oublie pas le pain », « à ce soir ♥ », « hd ée :iudopémpod »,
« be : u ! »… J’ai été saisie par une soudaine envie d’y inscrire quelques mots, les miens, mon encre - « dessine-moi un mouton », je voulais
dessiner un mouton sur la peau laiteuse, lumineuse de son dos. Comment j’ai trouvé un stylo dans ma main, je l’ignore. Lorsque le bec touche le dos, les lettres déjà inscrites se serrent
davantage. On aurait dit que les mots se rapprochaient, lentement, comme les fourmis alertées. Bientôt il n’y avait plus aucune blancheur visible, libre. Les lettres-fourmis avaient couvert le
dos entier. C’était un tatouage aux mots du quotidien, aux mots d’une cuisine, aux mots d’amour. Le bec de mon stylo les effleure. La peau frémit, le duvet invisible se hérisse, le tableau d’une
vie quotidienne, le tatouage d’un amour quotidien tremble un peu sous mes doigts.
Je me réveille.
Par meghna
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Publié dans : littérature
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