Comment ai-je pu oublier ? Ou peut-être ce n’est que normal. C’est peut-être dans l’ordre des choses. Dans l’ordre de ce livre. Puisqu’il s’agit d’oubli. Ainsi par redondance, par la secrète harmonie inconsciente, j’ai oublié de parler de « Meuse l’oubli ». De Philippe Claudel.
Pourtant j’ai été éprise de ce livre. C’était l’été dernier. Fin d’été. Pourtant il ne s’agissait pas d’une lecture sur la plage, odeur de la mer, au soleil brûlant sur les cimes des vagues, le monde tout autour s’agitant sur le sable, dans l’eau, se bataillant pour un ballon rouge, pour un baiser…Non. C’était l’été. Mais confinée dans mon appartement, puis dans ma chambre, dans mon lit, car au fur et à mesure de ma lecture, j’entrais dans un cocon, aller au salon, m’allonger sur le canapé signifiaient trop de dispersion, il fallait que je me concentre sur ces pages, il fallait que je me centre sur ces pages. Cent cinquante pages, à peine. Il fallait boire cela à coup sec. Sans penser à autre chose. Sans diluer avec d’autres éléments plus légers de la vie. Ce n’est pas un livre à cocktail.
« Je buvais souvent alors de ces petits vins blancs du Rhin, sans nom, en pensant fort au cul de Paule. » Si la toute première phrase est imbibée des pensées, alors le reste, jusqu’au dernier mot le travail sera de l’oubli.
Oublier celle qui fut la source de lumière, de bonheur, de plaisir, celle qui fut l’amour, celle qui est morte.
…
Comment oublie-t-on ?
Oublier comme les fresques romaines sous un coup de vent. Oublier comme plonger les aquarelles dans l’eau. Oublier comme immerger les icônes des dieux dans le Gange et voir fondre dans l’eau leurs corps de glaise.
Tout un travail d’oubli. Tout l’effort. Chaque jour. Enterrer un centimètre de plus dans la terre. Jeter une poignée de plus de terre dans le fossé. Oublier.
…
Et revenir à la Vie par un petit rien, pour un petit rien. Grâce à l’élégance d’un simple geste, d’une frêle présence. « …une promesse rousse et claire, un jeune élan de chair, une flamme immodérée… » Recommencer la Vie. L’éternité : par ici…
Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)

Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)

Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt