Lundi 31 décembre 2007


Comment ai-je pu oublier ? Ou peut-être ce n’est que normal. C’est peut-être dans l’ordre des choses. Dans l’ordre de ce livre. Puisqu’il s’agit d’oubli. Ainsi par redondance, par la secrète harmonie inconsciente, j’ai oublié de parler de « Meuse l’oubli ». De Philippe Claudel.

 

Pourtant j’ai été éprise de ce livre. C’était l’été dernier. Fin d’été. Pourtant il ne s’agissait pas d’une lecture sur la plage, odeur de la mer, au soleil brûlant sur les cimes des vagues, le monde tout autour s’agitant sur le sable, dans l’eau, se bataillant pour un ballon rouge, pour un baiser…Non. C’était l’été. Mais confinée dans mon appartement, puis dans ma chambre, dans mon lit, car au fur et à mesure de ma lecture, j’entrais dans un cocon, aller au salon, m’allonger sur le canapé signifiaient trop de dispersion, il fallait que je me concentre sur ces pages, il fallait que je me centre sur ces pages. Cent cinquante pages, à peine. Il fallait boire cela à coup sec. Sans penser à autre chose. Sans diluer avec d’autres éléments plus légers de la vie. Ce n’est pas un livre à cocktail.

 

« Je buvais souvent alors de ces petits vins blancs du Rhin, sans nom, en pensant fort au cul de Paule. » Si la toute première phrase est imbibée des pensées, alors le reste, jusqu’au dernier mot le travail sera de l’oubli.

 

Oublier celle qui fut la source de lumière, de bonheur, de plaisir, celle qui fut l’amour, celle qui est morte.

 

 

 

Comment oublie-t-on ?

 

Oublier comme les fresques romaines sous un coup de vent. Oublier comme plonger les aquarelles dans l’eau. Oublier comme immerger les icônes des dieux dans le Gange et voir fondre dans l’eau leurs corps de glaise.

 

Tout un travail d’oubli. Tout l’effort. Chaque jour. Enterrer un centimètre de plus dans la terre. Jeter une poignée de plus de terre dans le fossé. Oublier.  

 

 

Et revenir à la Vie par un petit rien, pour un petit rien. Grâce à l’élégance d’un simple geste, d’une frêle présence. « …une promesse rousse et claire, un jeune élan de chair, une flamme immodérée… » Recommencer la Vie. L’éternité : par ici…

 

Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Dimanche 30 décembre 2007

yves-klein-2.jpg  

Ce matin d’hiver me rappelle le “Bleu” d’Yves Klein ! Van Gogh avait inventé le “Jaune”, Monet "Rose-pâle"... et Yves Klein, né à Nice, 1928, lui il a inventé le "Bleu". L’autre jour j’étais à Beaubourg – le Centre Pompidou... Errer parmi les tableaux d’Yves Klein est errer dans l’atelier d’un peintre, au milieu des couleurs crues, ses couleurs à lui, découvrir sa définition des couleurs... et parfois son concept, son “idéologie”, né(e) d’une couleur, en fusion avec une forme... comme celui-ci... cet arbre-éponge, un vrai morceau d’éponge et BLEU – l’indigo cru... Voyons ce qu’il dit : "Grâce aux éponges, matière sauvage vivante, j'allais pouvoir faire les portraits des lecteurs de mes monochromes qui, après avoir vu, après avoir voyagé dans le bleu de mes tableaux, en reviennent totalement imprégnés en sensibilité comme des éponges". Donc, il crée un objet d’art en utilisant les éponges, nous les montre, et nous devenons - selon lui - une partie de cet objet d’art, ou encore, sa réflexion, son miroir, une continuation de cet objet d’art...J’ai adoré ! D’autant plus parce que je cherche toujours les possibilités à m’intégrer à n’importe quelle circonstance, à n’importe quel moment…Un objet d’art qui nous fait muter nous, le visiteur, l’élément d’extérieur, en un autre, un nouveau, objet d’art : quoi de plus à aspirer ? Nous sommes transmutés. Une exposition d’art qui se transforme en une « performance » même en absence de l’artiste : quoi de plus à aspirer ? Tu règnes, enfin absent. (Bonnefoy, un autre Yves, royal)

 

Par meghna - Publié dans : art - Communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 28 décembre 2007

 

Ce livre, léger, tellement fin, à peine 90 pages, venu en cadeau, comme d'habitude, sur le bureau de mon mari, écrivain/poète...Couverture blanche, rayures blanches en relief, cachet de P.O.L. La maladie du sens - Bernard Noël. Aussitôt je l'appropie.

La voix narratrice, c'est celle d'une veuve qui fut l'épouse d'un écrivain - "prise par passion, puis épousée par devoir". Mais un écrivain dont le dernier mot avant la mort sera "Brûlez !". Il s'agissait bien sûr de ses écrits. Vivant, il parlait à son épouse, il lui confiait ainsi ses pensées, mais ce n'était pas autant pour solliciter une oreille que par le désir de trouver un miroir, de se retrouver devant un miroir ! "mais n'étais-je pas le miroir sans tain de sa parole (...)?"
Sans intrigue, sans événement, sans ainsi dire de personnages, ces pages sont les pensées profondes d'un poète...Non les incidents mais les pensées sur les incidents. Non le réel mais l'abstraction de toute réalité. Au fur et à mesure de ma lecture, je suis au coeur du poète Bernard Noël et non au coeur de cette fiction. Suis-je en train de lire l'aveu d'un poète éminent, d'une sorte de post-face de son oeuvre entière ? Ses réflexions sur l'écriture, cette écriture sur l'écriture, ne s'agit-il pas de la sienne?

"...il avait fait de moi le miroir grâce auquel il se voyait exister. Il était devenu si impersonnel que j'étais la preuve de sa personne." Cette épouse-miroir, ne serait-elle pas sa propre conscience ? Bernard Noël vu par (et dans le miroir de) Bernard Noël ? Être sa propre épouse ? réceptrice de ses pensées ? Se cueillir dans ses propres paumes ? "L'ignorance de l'épouse lui permettait l'équilibre idéal" - mais ne serait-il pas la part d'ombre en lui-même ? la face cachée de l'érudit ? L'épouse et l'érudit - ensemble, marié, une entité unique et entière du poète.
"Oui, je sais, nous ne sommes que de vaines formes de la matière, mais bien sublimes pour avoir inventé Dieu et notre âme." Cela pourrait être la dernière phrase.

Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Jeudi 27 décembre 2007
Les règles n'ont pas changé ! Depuis l'aube de l'humanité, toutes les cours et tous les royaumes, toutes les tribus et tous les parlements ne subissent que les mêmes règles, celles du SANG - du coup de couteau - de la fusillade - Faire taire les voix - Mieux encore - les étouffer... Benazir - ce qui veut dire (en urdu) "hors pair", "hors du commun" - elle le fut, sauf son assassinat - non, c'est du toujours, du commun, du plus bas, de la lâcheté depuis l'aube de l'humanité...
Par meghna - Publié dans : vie - Communauté : L'univers de l'asie
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Mercredi 26 décembre 2007

 

Père Noël n'était jamais une ordure ! D'ailleurs, là-bas, chez moi, en Inde, on l'appelait, l'appelle toujours, Santa Claus ! Oui, à l'anglaise. Oui, à l'accent américain(isé). Donc, ce fameux Santa n'était jamais une ordure. D'ailleurs personne ne le croit ! Sauf cette bande d'oufs de Thierry Lhermitte et Christian Clavier et Josiane Balasko et Anémone et... enfin, vous le connaissez par coeur ! Ce que je disais, Santa, a été un jour mon grand ami, mon héros, mon grand alibi d'un grand amour comme on peut l'avoir à 11 ans ! Qui veut me contredire ? Il ou elle n'aura pas le droit de s'asseoir sur les genoux de Santa. Ce que je vous racontais, enfin, je ne racontais point, c'est de la vérité, de la vraie biographie ! A 11 ans, j'ai été "profondément" amoureuse de mon voisin, de même âge, élève d'une autre école, je ne le voyais qu'à la sortie de son école...Je rentrais tôt, étant donné que la mienne n'était pas loin de chez nous; lui, il rentrait à la tombée du soir, lorsque tous les jeux avec tous les enfants du quartier étaient déjà terminés ! Il rentrait fatigué, son lourd cartable traînant par terre, chemise blanche trempée de sueur...Je restais encore dans les parages, je guettais ses pas, je ne pouvais l'appeler à jouer : il est tellement tard ! et il est tellement crevé ! et il est tellement évident que je suis maladroite !
Les mois passaient...Je sentais qu'il fallait agir, faire réagir...J'ai eu une excellente idée, comparable à la finesse et au machiavélisme, celle d'une frivole marquise maîtresse des coeurs... J'annonce à mes parents que je veux organiser une soirée de Santa - fêter le Noël quoi ! chez nous ! Mes parents - père marxiste et mère affectueuse - ont consenti, non sans un sourire malicieux, genre -"On verra ma petite, c'que tu en fais !" 
Je cherche et trouve un bien beau sapin. Je dessine un Père Noël taille XXL en carton, coloré, habillé, maquillé, barbé d'un kilo de coton, il ne manquait pas d'allure. A mon époque (il y a 24 ans) il n'y avait pas beaucoup de "branchés" parmi les gens de classe moyenne (profs, médecins, inégnieurs etc etc...) qui fêtait le Noël (Christmas) chez eux ! Alors, intrigués, les enfants, mes amis, du quartier, commencent à venir dès le début du soir chez moi et ne laissent pas une miette du gâteau, père sort pour en acheter un autre...
Moi, ma foi - c'est mon amour naïf. Ma religion - c'est mon amour muet. Je l'attends. Avec mes oreilles tout droites comme un suricat du désert. Les yeux ailleurs, baissés, pour éviter le désastre, c'est-à-dire, le regard direct. 
Après avoir compris que le Temps est interminable - quelques 45 minutes - m'être sentie faible devant le magnifique gâteau, sentie coupable aussi devant le magnifique gâteau -
voilà qu'il est là ! 
Sans cartable écrasant, sans chemise en sueur, à la tombée du soir quoique, comme toujours, tard, après tout le monde - mais il est là !
...
Alors, depuis, je suis pour Santa. Pour Père Noël. Pour son meilleur cadeau à moi.

 

Par meghna - Publié dans : vie - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 24 décembre 2007

 

Cette veille du grand jour, je sors de mon bureau un peu tôt, vers 16h43, avec une forte intention  de me montrer généreuse envers mes proches, c'est-à-dire vider un peu ma poche pour un dernier cadeau surprise. Dans le quartier du Marais - mon bureau - gestion des maisons d'édition - mes bottes glissent sur les pavés - je suis en pantalon velours rouge, manteau rouge - ton sur ton - chapeau russe en fourrure blanche - je cherche un cadeau surprise...
J'entre dans le café Amnésia - au coin de la rue des Rosiers - je prends un "café Amnésia", proche de Irish Coffee - whisky/café/crème Chantilly - un sosie de Prisley hurle joyeusement "Love is all" sur le vieux disque - je tape mon pied gauche sur le sol et lis "La maladie du sens" - Bernard Noël - grave et profond - et je tape mon pied droit sur le sol...A ma droite, un jeune couple, en train de scruter un i-phone tout neuf...A ma gauche, un couple un peu moins jeune, lui il veut acheter ce bar, elle abandonne sa main gauche à ses caresses...Je lis Bernard Noël, je sirote mon café Amnésia, je tape mon pied gauche et pied droit...et soudain...on m'interpelle. "Si vous ne le trouvez pas très malpoli..." la jeune femme i-phone à ma droite me demande si elle ne pouvait pas récupérer mon bonbon chocolat-noisette cadeau avec la boisson. "Bien sûr ! Vous êtes mignonne ! Elle est mignonne !" - je dis au jeune homme i-phone. Il hoche la tête, il est  d'accord. 
Voilà ma générosité sans vider ma poche pour une qui n'était pas vraiment ma proche. Ou...? 
Sur mon chemin de retour, à la station Châtelet-les Halles, en descendant de l'escalateur, une silhouette heurte mon regard - à genoux, par terre, noires la tête et la barbe, le manteau déchiqueté, le regard pointé vers le sol - je fouille dans mon sac, rouge... arrivée devant lui, je sors ma barre au chocolat protéinée et la pose dans son gobelet ...
Je me précipite vers les portes...Je m'éloigne...Avant de le perdre de vue derrière moi, j'essaie de savoir s'il l'a appréciée ! Il arrachait l'emballage avec ses doigts osseux... Non, je n'ai pas vu le reste...
Je n'ai pas pu.

Par meghna - Publié dans : Paris - Communauté : Parlons d'amour
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  • : meghna
  • nuage-9
  • : Femme
  • : 27/06/1973
  • : Paris
  • : photo littérature arts Films La Différence
  • : Une passerelle entre deux mondes : d'origine indienne(bengalie) vivant depuis 7 ans à Paris, auteur, traductrice, "Fenêtre sur l'abîme" - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008

Une Indienne à Paris

 

Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, sorti depuis le 21 août - Interview à l'émission "Du jour au lendemain" d'Alain Veinstein sur France Culture (diffusée le 19 nov. à 23h30 ).

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Je est un Autre. Ici c'est l'Autre de moi, de mes émois... Je vous parlerai...de ma vie virtuelle, de ma vie quotidienne, de mes rêves aussi....de mes errances de Calcutta à Paris, le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l'amour ou presque - je vous parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête... 


Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)


Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)



Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt

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