C’était bien. C’était comme la commémoration de tout ce que nous avons vécu. Ou la fin de tous les débuts. Boucler la boucle. Se souvenir : c’est accepter
déjà que c’est du passé. On ne peut pas et on ne doit pas, jamais, retourner à l’endroit de la première fois. C’est la même règle comme pour un meurtre : jamais retourner à l’endroit du
meurtre. Comme pour la mort, pour la vie aussi, la règle reste inébranlable. La même robe, légère, vaporeuse, gaie en orange, bleu ciel, vert pâle, blanc. Le même quai. Une flaque d’eau. Le
pointe de l’île comme le nez d’un bateau. Les buissons et les grimpantes qui débordent la grille du jardin d’au-dessus.
« Ici. »
« Ici ? »
« Ici ! »
Le ton descend. Les voix deviennent plus denses. Chaque souffle marque un rythme plus intense. Nous allons vers l’ombre sous les grimpantes, contre le mur, nous allons vers notre première fois. Ce qui est cette chose, à demie conscience, en souvenir d’une autre fois, d’un autre été, de la chaleur, des lèvres, les mêmes, elles ne sont plus les mêmes, l’instant de l’avenir est ce présent, déjà en train d’achever, un nouveau souvenir, une nouvelle fois, les souvenirs ajoutés aux souvenirs, comme la mousse accrûe sur la mousse d’un terrain moite, toujours plus flambée, la racine et la surface l’une sur l’autre, confuses, ce souvenir de tes lèvres et tes lèvres fusionnent dans ma bouche, elles commencent, elles effacent tous les lèvres du passé, même les tiennes, elle recommencent. Je te connais. Je te souviens. Je te reconnais.
Il faut toujours retourner à l’endroit de la première fois. Pour ajouter la mousse à la mousse. Pour flamber le passé au
présent. Pour essayer de comprendre cette chose qui sont tes lèvres, cette chaleur, le temps, qui s’enfuit, qui glisse de ma main, qui est cet instant, le passé, déjà, on quitte les grimpantes,
un peu plus charnus, nous sommes,
nos vécus, continuent…
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander




Derniers Commentaires