Mercredi 27 février 2008


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C’était bien. C’était comme la commémoration de tout ce que nous avons vécu. Ou la fin de tous les débuts. Boucler la boucle. Se souvenir : c’est accepter déjà que c’est du passé. On ne peut pas et on ne doit pas, jamais, retourner à l’endroit de la première fois. C’est la même règle comme pour un meurtre : jamais retourner à l’endroit du meurtre. Comme pour la mort, pour la vie aussi, la règle reste inébranlable. La même robe, légère, vaporeuse, gaie en orange, bleu ciel, vert pâle, blanc. Le même quai. Une flaque d’eau. Le pointe de l’île comme le nez d’un bateau. Les buissons et les grimpantes qui débordent la grille du jardin d’au-dessus.

« Ici. »

« Ici ? »

« Ici ! »

Le ton descend. Les voix deviennent plus denses. Chaque souffle marque un rythme plus intense. Nous allons vers l’ombre sous les grimpantes, contre le mur, nous allons vers notre première fois. Ce qui est cette chose, à demie conscience, en souvenir d’une autre fois, d’un autre été, de la chaleur, des lèvres, les mêmes, elles ne sont plus les mêmes, l’instant de l’avenir est ce présent, déjà en train d’achever, un nouveau souvenir, une nouvelle fois, les souvenirs ajoutés aux souvenirs, comme la mousse accrûe sur la mousse d’un terrain moite, toujours plus flambée, la racine et la surface l’une sur l’autre, confuses, ce souvenir de tes lèvres et tes lèvres fusionnent dans ma bouche, elles commencent, elles effacent tous les lèvres du passé, même les tiennes, elle recommencent. Je te connais. Je te souviens. Je te reconnais.

 

Il faut toujours retourner à l’endroit de la première fois. Pour ajouter la mousse à la mousse. Pour flamber le passé au présent. Pour essayer de comprendre cette chose qui sont tes lèvres, cette chaleur, le temps, qui s’enfuit, qui glisse de ma main, qui est cet instant, le passé, déjà, on quitte les grimpantes, un peu plus charnus, nous sommes, nos vécus, continuent…

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par meghna publié dans : littérature communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 27 février 2008

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"De mots furtifs en images brèves, j'accomplis mon métier d'oiseau : je ne m'attarde pas.", ainsi se décrit le poète Lionel Ray. Aujourd'hui il publie son 20ème livre, mais cette fois-ci non un recueil de poèmes (tous disponibles chez Gallimard) mais un recueil d'essais sur la Poésie - la Poésie, certains la disaient mourante ! - la voilà célébrée par un des plus grands poètes d'aujourd'hui : 

Le Procès de la vieille dame



aux éditions de la Différence, aux librairies à partir du 6 mars

"(...) si l'on me demande ce que Louise Labé et Supervielle, (...) Cendrars, Valery Larbaud, Cocteau, Georges-Emmanuel Clancier, Aragon et Izoard, Claudel et Guillevic, René Char et Claude Esteban, Hugo et Hélène Dorion, ont en commun, je sens que je ne pourrais répondre qu'en renvoyant à moi-même, à ce que je crois et ce que j'écris. Nos lectures sont nos miroirs..." - dit-il. 

A vous de découvrir :
http://www.ladifference.fr/fiches/livres/procesdelavieilledame.html.

 

 

par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Jeudi 21 février 2008
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Un café comme tant d’autres. Fréquenté par ceux que nous croisons chaque jour, dans la rue, dans le métro, et oui, dans les cafés, ceux que nous appelons le peuple, les gens sans visage. Les clients habitués, se connaissent et se reconnaissent, deviennent une famille. Si un jour l’un d’eux veut chercher la trace des autres ? S’il veut trouver la trajectoire de ces gens du café dans la ville de Paris ? leurs horaires et leurs habitudes? Cela va donner un cahier qui sert de répertoire. Un brouillon d’histoire de ceux qui cherchent à trouver ou à fonder un lien avec les autres - moyen d’exister, de se trouver dans cette ville, vaste et floue.

Le livre s’ouvre avec le commentaire - témoignage d’un des « personnages » de ce café où se déroule ce théâtre quotidien. Et on repère déjà un maigre fil qui va continuer tout au long de la lecture, une frêle présence, celle d’une jeune femme, baptisée Louki par ses compagnons du café. Louki la mystérieuse, oui, son silence crée ce mystère, ses gestes lents et gracieux aussi.

 

Passage au témoignage d’un autre. Espion. Détective privé. Censé de trouver la trace d’une jeune mariée, d’une certaine Jacqueline Delanque, disparue après une année de vie conjugale. Mais le chasseur pose ses armes, laisse sa proie s’évanouir, se dissimuler parmi la foule, redevenir anonyme, se jeter dans le néant.

 

Mais elle, Louki ou Jaqueline Delanque, le pollen égaré, flottant dans l’air, au-dessus de la ville, d’où sort-elle ? Dans quelle grotte secrète et moite est-elle née, cette fleur fragile? Quand a-t-elle commencé son errance de brebis égarée ?

 

Et ce dernier…le renommé Roland…qui se retourne encore après tant d’années sur le trottoir croyant qu’on a appelé, la même voix aimante le hante…

 

D’un personnage à l’autre, d’un témoignage à l’autre…le secret se dévoile peu à peu, les morceaux du puzzle tombent chacun à sa place…et le maigre fil tisse l’un avec l’autre. Une trajectoire se dessine à travers cette ville de Paris, du nord Pigalle au sud Denfert-Rochereau, les zones neutres, les frontières invisibles d’un quartier à l’autre…Paris vu et vécu par des gens invisibles, qui dessinent les lignes de leur trajectoire comme la trace de pluie sur une vitre, effaçable, effacée le surlendemain…

 

Le dernier roman de Patrick Modiano, « Dans le café de la jeunesse perdue », suit le chemin d’une perdue, sans bousculer les choses, sans les bouleverser, une légère aquarelle…émouvante…

 

J’erre à travers mon beau Paris

Sans avoir le cœur d’y mourir

(Apollinaire)

par meghna publié dans : littérature communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 15 février 2008

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Un bateau arrive à Londres...il pénètre un de ses nombreux canaux, touche presque la terre, sombre, secrète, labyrinthique. La  coque géante du bateau guette la ville, perchée sur son ciel...Un homme rentre dans son pays...Un homme hanté par son lourd passé.

Une simple ligne d'intrigue : la vie harmonieuse, amoureuse d'un homme, un modeste barbier, est brisée à cause du piège mesquin d'un autre, puissant, le juge. Faussement accusé, il fut obligé de quitter le pays. Il revient obsédé par la seule idée de vengeance. Il y aura aussi la boulangère sans clients, sans de quoi préparer ses tourtes, derrière sa vitrine poussiérieuse, dans son décor miteux...et secrètement amoureuse de notre homme, le barbier. Il trouve là un refuge, et ses lames fidèles, ses rasoirs, son bras est désormais complet. Commence un macabre complot, le dernière secours de ceux qui ont tout perdu...
Commence la boucherie du barbier qui croit que tout homme est indigne, tout homme n'est qu'un ver de terre...Et sa collaboratrice la boulangère sert les tourtes à la viande bien délicieuses, les clients ne quittent plus sa maison, désormais accueillante. Comment va-t-il trouver le juge criminel, comment va-t-il trouver sa fille de quize ans, élevée, prisonnière du juge, qui est cette folle mendiante errante dans la ville, comment arrivera-t-il à se venger de toute l'injustice qu'il a subi...à vous de découvrir...Sweeney Todd - dans ce merveilleux film de Tim Barton, avec le magistral Johnny Depp et la brillante Helena Bonham Carter la boulangère. 

Dans une ambiance très Dickens, les bas fonds de Londres (on pense aussi à L'Opéra de quat'sous) dont la nuit préserve les germes de la révolution industrielle, où les pauvres sont de plus en plus pauvres, les enfants ont encore droit aux coups de bâton au moindre délit, les rats rôdent dans les rues et les ruelles et ainsi les hommes, traînent dans les égouts - ce film musical bascule entre le réalisme cruel et le fantasme enchanteur. Tim Barton a ce génie de verser litres et litres d'hémoglobine sur l'écran, de sensibliser les spectateurs à la boucherie juste comme il faut, et en rester distant à la fois...Un équilibre parfait entre le réalisme et la fantaisie, entre la sensibilisation et la distraction, entre le réel et l'excès...Arrêt sur images : lorsque le barbier et la boulangère chantent en duo, mais chacun impitoyablement seul dans son récit, l'un pour sa vengeance, l'autre pour son désir d'amour, un chassé-croisé où l'un recontre l'autre, mais pour le perdre, pour s'enfuir...Aussi, lorsque le barbier et son ennemi le juge, chantent ensemble, tous les deux, un éloge des femmes, n'est-ce pas la vertu et le vice qui cohabitent, qui s'entremêlent pour un instant...? Et l'homme enlace presque son ennemi...pour mieux lui trancher la gorge...à la fin...

Ceux qui cherchent les symboles, ils les trouveront. 
Ceux qui cherchent une simple histoire agréablement racontée, ils la trouveront.
Ceux qui cherchent à être émerveillés...ils seront...émerveillés...

par meghna publié dans : Film communauté : Parlons d'amour
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Profil

  • : meghna
  • nuage-9
  • : Femme
  • : 27/06/1973
  • : Paris
  • : D'origine indienne (bengalie) vivant depuis presque six ans à Paris, je suis fascinée par la langue et la culture françaises. Auteur, traductrice, j'essaie de créer une passerelle littéraire/culturelle entre l'Inde et la France.

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Je est un Autre, ici, l'Autre de moi, de mes émois... je suis devant ce miroir, ce miroir des mots et des images...Je parlerai de ma vie réelle, aussi de celle qui est rêvée. Je vous parlerai de mes errances : le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l’amour ou presque. Je vous parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête.  

 

                  letempsdescerises-L641b.jpg                              Mon recueil de 20 poètes bengalis traduits en français, préfacé par Lionel Ray, publié à Paris (2007) doce-poetas-bengalis.jpg Mon recueil de 12 poètes bengalis traduits en français et en espagnol publié à Murcie (2005)
 



Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt

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