Mercredi 5 mars 2008

Il entrait en moi. Il transgressait mon territoire. Il s’enfonçait au plus loin de moi, au plus profond. Je le rencontrais en moi pourtant comme dans une zone étrangère. Nous nous rencontrions dans une zone étrangère. Comme dans le désert glacé de la frontière, deux soldats de deux côtés des barbelés, creusant l’un vers l’autre un chemin, aveuglément. Nous creusions le chemin l’un vers l’autre. Comme fouiller le sable dans la nuit pour trouver la source d’eau. Nous avions soif. Oui toujours. Nous tendions nos lèvres l’un à l’autre comme une plante mourante se penche vers la terre moite. Nos lèvres arrachaient les unes des autres le dernier souffle de vie. Il fallait que nous nous embrassions. L’instant après, c’était la fin du monde.

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D’abord c’était un débardeur jaune. Non. Orange. Peut-être était-il de couleur blanche. C’était l’été. Toujours le même été qui recommençait chaque année. Les feuilles légères laissaient à peine apercevoir le ciel. Au-dessous de leur persienne, l’écorce des arbres était chaude, la terre sèche et rouge, couverte d'herbe jeune. Il enlaçait mes hanches, posait sa tête contre mon ventre, à genoux devant moi, il allait boire à ma source profonde...
Mes fleurs se réveillaient. Ouvraient leurs pétales. La vie recommençait...
par meghna publié dans : littérature communauté : Parlons d'amour
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Dimanche 2 mars 2008
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Je ne voyais que son dos. Etalé devant moi comme un tableau blanc. De ce blanc surgissaient les lettres, à l'encre noire, les phrases, les lignes, les paragraphes, en blocs carrés, en morceaux fragmentés. Son dos avait l’air d’un tableau accroché au mur de la cuisine - « n’oublie pas le pain », « à ce soir ♥ », « hd ée :iudopémpod », « be : u ! »… J’ai été saisie par une soudaine envie d’y inscrire quelques mots, les miens, mon encre - « dessine-moi un mouton », je voulais dessiner un mouton sur la peau laiteuse, lumineuse de son dos. Comment j’ai trouvé un stylo dans ma main, je l’ignore. Lorsque le bec touche le dos, les lettres déjà inscrites se serrent davantage. On aurait dit que les mots se rapprochaient, lentement, comme les fourmis alertées. Bientôt il n’y avait plus aucune blancheur visible, libre. Les lettres-fourmis avaient couvert le dos entier. C’était un tatouage aux mots du quotidien, aux mots d’une cuisine, aux mots d’amour. Le bec de mon stylo les effleure. La peau frémit, le duvet invisible se hérisse, le tableau d’une vie quotidienne, le tatouage d’un amour quotidien tremble un peu sous mes doigts.
Je me réveille.
par meghna publié dans : littérature communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 27 février 2008


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C’était bien. C’était comme la commémoration de tout ce que nous avons vécu. Ou la fin de tous les débuts. Boucler la boucle. Se souvenir : c’est accepter déjà que c’est du passé. On ne peut pas et on ne doit pas, jamais, retourner à l’endroit de la première fois. C’est la même règle comme pour un meurtre : jamais retourner à l’endroit du meurtre. Comme pour la mort, pour la vie aussi, la règle reste inébranlable. La même robe, légère, vaporeuse, gaie en orange, bleu ciel, vert pâle, blanc. Le même quai. Une flaque d’eau. Le pointe de l’île comme le nez d’un bateau. Les buissons et les grimpantes qui débordent la grille du jardin d’au-dessus.

« Ici. »

« Ici ? »

« Ici ! »

Le ton descend. Les voix deviennent plus denses. Chaque souffle marque un rythme plus intense. Nous allons vers l’ombre sous les grimpantes, contre le mur, nous allons vers notre première fois. Ce qui est cette chose, à demie conscience, en souvenir d’une autre fois, d’un autre été, de la chaleur, des lèvres, les mêmes, elles ne sont plus les mêmes, l’instant de l’avenir est ce présent, déjà en train d’achever, un nouveau souvenir, une nouvelle fois, les souvenirs ajoutés aux souvenirs, comme la mousse accrûe sur la mousse d’un terrain moite, toujours plus flambée, la racine et la surface l’une sur l’autre, confuses, ce souvenir de tes lèvres et tes lèvres fusionnent dans ma bouche, elles commencent, elles effacent tous les lèvres du passé, même les tiennes, elle recommencent. Je te connais. Je te souviens. Je te reconnais.

 

Il faut toujours retourner à l’endroit de la première fois. Pour ajouter la mousse à la mousse. Pour flamber le passé au présent. Pour essayer de comprendre cette chose qui sont tes lèvres, cette chaleur, le temps, qui s’enfuit, qui glisse de ma main, qui est cet instant, le passé, déjà, on quitte les grimpantes, un peu plus charnus, nous sommes, nos vécus, continuent…

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bleu-mystique.jpg
par meghna publié dans : littérature communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 27 février 2008

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"De mots furtifs en images brèves, j'accomplis mon métier d'oiseau : je ne m'attarde pas.", ainsi se décrit le poète Lionel Ray. Aujourd'hui il publie son 20ème livre, mais cette fois-ci non un recueil de poèmes (tous disponibles chez Gallimard) mais un recueil d'essais sur la Poésie - la Poésie, certains la disaient mourante ! - la voilà célébrée par un des plus grands poètes d'aujourd'hui : 

Le Procès de la vieille dame



aux éditions de la Différence, aux librairies à partir du 6 mars

"(...) si l'on me demande ce que Louise Labé et Supervielle, (...) Cendrars, Valery Larbaud, Cocteau, Georges-Emmanuel Clancier, Aragon et Izoard, Claudel et Guillevic, René Char et Claude Esteban, Hugo et Hélène Dorion, ont en commun, je sens que je ne pourrais répondre qu'en renvoyant à moi-même, à ce que je crois et ce que j'écris. Nos lectures sont nos miroirs..." - dit-il. 

A vous de découvrir :
http://www.ladifference.fr/fiches/livres/procesdelavieilledame.html.

 

 

par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Profil

  • : meghna
  • nuage-9
  • : Marié/Pacsé/Union libre
  • : Femme
  • : Paris
  • : D'origine indienne (bengalie) vivant depuis presque six ans à Paris, je suis fascinée par la langue et la culture françaises. Auteur, traductrice, j'essaie de créer une passerelle littéraire/culturelle entre l'Inde et la France.

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Je est un Autre. Ici c'est l'Autre de moi, de mes émois... Je vous parlerai...de ma vie virtuelle, de ma vie quotidienne, de mes rêves aussi....de mes errances de Calcutta à Paris, le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l'amour ou presque - je vous parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête... 

 
 
 
 



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Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)



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Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2005, éd. Lancelot)

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Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt

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