Lundi 10 décembre 2007
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Je reviens à la vie, avec un v majuscule, donc la Vie, oui... Si je reviens, ici, au virtuel, qui peut s'écrire aussi en Virtuel, c'est par et pour les lettres, les belles, que je lis en ce moment, un peu par devoir, beaucoup par plaisir -- un recueil des nouvelles indiennes, écrit en hindi, par Himangshu Joshi.

Dans la préface, le premier texte de ce recueil des nouvelles, qui peut être aussi bien considéré comme une nouvelle en soi, l’auteur a offert cette question commentaire : Pour un conte, ne pas devenir un conte, c’est ça devenir un conte, n’est-ce pas ?
Ainsi les nouvelles expriment aussitôt le désir d’expérimentation avec la structure narrative, qui relève une question de fond : qu’est-ce qui est un conte ? et en engendre d’autres : qu’est-ce qui ne l’est pas ? où est la frontière entre la vraie vie et les contes ? dans un texte, où faut-il placer cette frontière ? Dans les nouvelles de Himangshu Joshi cette ligne est si fébrile ! Effaçant et déplaçant sans cesse cette ligne de séparation - ce qui est la ligne de départ pour n’importe quelle nouvelle, histoire, conte – Himangshu Joshi met ses histoires en une continuité éternelle, créant une ambiguïté permanente : dans ce conte, qu’est-ce qui est conte et qu’est-ce qu’il ne l’est pas ? Et cette question n’est pas autant pour la quête de la vérité ni du véridique, mais pour savoir où placer son regard, où faut-il se concentrer ? où est le centre, le but, le noyau de ses nouvelles ?
Et bien il n’y en a pas. Et pour le bonheur.
Défilé des personnages, qui entrent dans la scène sans être véritablement introduits, leurs prénoms suffisent, parfois seulement leur unique commentaire, un geste, un regard, une présence éphémère, un passage en éclair. Ces personnages, caractérisés par l’économie de moyens de séduction, finissent par nous séduire en épuisant le peu. Himangshu Joshi prend ici une grande liberté, qui accorde une fluidité aux textes. Cette liberté se traduira aussi en une confiance qu’il fait au lecteur : il fusionne le niveau de conscience de l’auteur et celui du lecteur ; il exige, il veuille et il est sûr que le lecteur sache saisir les personnages, les comprendre et les reconnaître exactement comme lui, l’auteur, le père et le dieu de ses personnages.
Défilé aussi des incidents, des souvenirs simultanés, des évènements divers, juxtaposés, parallèles, en chassé-croisé. Apparemment, au départ, ces évènements restent dispersés, sans lien fort entre eux… Et puis les fils se nouent.. On peut repérer une certaine parallélisme, une continuation, un effet miroir, entre incident A et incident B : les oiseaux migrateurs près du lac et les amis/voisins musulmans de l’auteur qui ont du quitter l’Inde lors de l’indépendance, la femme psychiquement déstabilisée de l’avion, voulant la mort de chiens pour ses ennemis invisibles et la collègue du fils de l’auteur – que nous rencontrerons plus tard – la jeune femme désillusionnée, amère et perdue, victime de l’abus sexuelle de son père lorsqu’elle était petite fille… Cette première nouvelle du recueil s’ouvre sur une série des évènements en chute de perles. Le véritable voyage de l’intrigue, en avion, d’un pays à l’autre, d’un aéroport à l’autre, les instants décrits en éclair, est aussi caractériel de cette narration qui s’arrête si peu, mais qui voit et repère l’essentiel, juste comme un oiseau : the bird’s eye view.

Je vais reprendre mon livre, puisque, non, je n'ai pas terminé ma lecture, mais j'ai eu hâte de partager le peu que j'ai lu, le grand plaisir qu'il m'a donné, avec vous... N'est-ce pas gentil ?


(réf. Himangshu Joshi, livres disponibles chez Penguin Book Stores)



par meghna publié dans : littérature communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 10 décembre 2007

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Dernière lecture : L'Homme à l'affût. De Juilo Cortazar. Je le lisais en prenant pour un "roman", la notice sur le dos indique qu'il s'agit d'une "nouvelle". Soit. A peine 94 pages. Cortazar est reconnu comme maître conteur...
La vie de Charlie Parker alias Johnny Carter. Saxo, drug and saxo again, sans oublier le deuxième sexe. C'est un ange perdu parmi les hommes médiocres, inutiles, vides, ou encore, est-ce un homme finalement grossier, réel, parmi les êtres irréels ? La position prise par le narrateur, celle d'un critique de musique/ami fidèle à Johnny bascule ainsi de l'émerveillement et de l'admiration à la déception, à l'ennui... Ce qui est au départ une écriture classique, une narration linaire, devient soudain, juste pour quelque passages, autodérisoire : déconstruction du personnage-narrateur, écrire sur l'écriture... puis tout devient à nouveau linaire, la narration suit la vie de Johnny, sa mort.
La gravité mariée avec l'humour, les quatres vérités dites en rigolant, les pharses commencent en rire et se terminent en douce mélancolie, ou l'inverse.... Charlie Parker alias Johnny se dit qu'il ne faisait que nager dans le vide.... Au moins il savait qu'il nagaeait dans le vide, au moins il nageait...
Texte enchantant, comme une heure du saxo avec le maître...

par meghna publié dans : littérature communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 10 décembre 2007

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C'est un de ces romans qui prend votre coeur en otage. L'histoire de la mort d'un homme qui n'a pas su surmonter une rupture amoureuse. Et si ce banal incident vous laisse indifférent, c'est que vous êtes malheureux, malheureuse. Malheureux ceux qui ignorent cela, malheureuse elle, si elle ne l'a pas su, ou pis encore si l'ayant su, elle a voulu l'oublier : car elle n'y parviendra jamais, et cela la hantera, ou bien alors c'est que son âme est morte.

Au Port-Soudan le narrateur apprend la mort de son ami A., ancien camarade de tous les anciens rêves, faux héros, car ils n'étaient pas intelligents, et il n'y a pas de héros imbécile, chacun a pris le virage, la géométrie aveugle du Temps les avait séparés, mais quelque chose de viscéralement commun fera ressembler l'un à l'autre, fera miroiter l'âme de l'un dans celle de l'autre. Car il s'agit des hommes qui étaient comme de grandes statues creuses à l'intérieur obscur desquelles grondait un bruit furieux, disloqué par la multiplication désordonnée des échos... Dans ce chaos l'empreinte des pas légers d'une très jeune femme au teint porcelaine, toujours en partance, en transit perpétuel... Les raisons pour lesquelles elle aimera l'homme en chaos seront les mêmes pour lesquelles elle le désertera. Si le narrateur vit au Port-Soudan, sur les épaves, au bout du monde dans l'enfer vivant des mafiaux et des trafiquants des bêtes égorgées, son Autre, son ancien ami des anciens rêves est devenu lui-même une épave, un navire naufragé, un fort incendié, un fantôme vivant depuis le départ de la très jeune femme au pas légers et au teint porcelaine. C'est une trahison telle déserter son camarade au feu d'ennemi. Pourtant, dirait-on, qu'elle l'aimait par et pour cette violence qui était inscrite depuis le premier jour entre eux. Ils étaient, chacun dans son âge, comme les deux lèvres d'une plaie qui, au lieu de se cicatriser pour ne plus former qu'une chair unie, se fût ouverte et écartelée.

La lettre que l'homme déserté, avant de mourir, avait adressée a son ami le narrateur, n'a su que rester figée à son commencement : Cher ami...Faudra-t-il alors la reconstituer... et l'un se confondra à l'Autre, c'est le "je" du narrateur, c'est le "nous" de tous les deux : son ancien ami des anciens rêves et lui-même, la hache du temps les a tranchés, ils se sont écartelés, et se sont unis encore, cicatrisés, peut-être ils n'étaient jamais deux, mais Un et Seul ? Reconstituer la lettre absente sera revoir sa propre vie et la refermer ensuite, se trouver dans le moment où le temps s'est arrêté, il ne recommencera plus jamais : Je ne me souviendrai plus jamais de rien. Ce mot "rien" est le dernier mot du roman : il nous laisse dans ce néant ultime, dans cette épave poreuse de la vie...

Arrêt du coeur : Port-Soudan, Olivier ROLIN, éd. Seuil/Points

par meghna publié dans : littérature communauté : Parlons d'amour
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  • : meghna
  • nuage-9
  • : Marié/Pacsé/Union libre
  • : Femme
  • : Paris
  • : D'origine indienne (bengalie) vivant depuis presque six ans à Paris, je suis fascinée par la langue et la culture françaises. Auteur, traductrice, j'essaie de créer une passerelle littéraire/culturelle entre l'Inde et la France.

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Je est un Autre. Ici c'est l'Autre de moi, de mes émois... Je vous parlerai...de ma vie virtuelle, de ma vie quotidienne, de mes rêves aussi....de mes errances de Calcutta à Paris, le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l'amour ou presque - je vous parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête... 

 
 
 
 



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Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)



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Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2005, éd. Lancelot)

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Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt

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