Mardi 1 avril 2008

 

« Les gouttes de pluie sur la vitre. Mon doigt dessine sur l’eau de la vitre.


Elvira Madigan. Le concerto de piano numéro 21. 7 minutes 58 secondes.


Changer la robe de nuit pour le jean. Le chemisier serre le corps. « If you had my love and if you… » … Mes cheveux sont pêle-mêle tant je danse.


Dans le resto de la Cité-U à la table d’en face un couple d’étudiants coréens. Elle rit en mâchant des frites. Le soleil glisse sur son épaule.


Je porte un chemisier noir. Le eye-liner dense. La lumière se défait au bout de mes cheveux. Une peau couleur de terre.


Je m’assieds dans un cadre de lumière. Sur mon eye-liner noir je sens la chaleur de midi. En face de ce cadre une présence simple. Celui qui est assis et est en train de couper la viande avec soin, sa tête et son torse, ses épaules, ses doigts, la montre sportive sur le poignet, le mouvement de la mâchoire, ensemble une invitation muette.


Je suis indienne. Eux ils sont européens. Nous sommes différents. C’est pourquoi on s’approche l’un de l’autre. Nous sommes différents. C’est pourquoi on s’éloigne l’un de l’autre.


Je le remarque pour la première fois à cause de son silence. Pendant presque une demi-heure on mange ensemble assis face à face. Sans échanger un mot. La proximité forcée de la vie universitaire dans une ville étrangère. Quand je pousse la chaise pour partir le garçon lance une phrase dans le vide «  Tu voudrais prendre un café ? »


Est-ce que je voudrais prendre un café ? Je me demande.


 La vie à la Cité Universitaire, c’est un éternel transit, là, c’est l’anonymat et l’urgence, la désinvolture et l’absolu.


Le premier dialogue avec lui est long et inutile. Se regarder dans les yeux. Laisser traîner le regard dans le regard pour deux secondes. Les yeux verts-bleus, le brouillard sur l’eau. Il semble que le regard est à effleurer, quelque chose est créé quelque part. Ce jeu, avant vraiment de se toucher, le dilemme, merveilleuse est cette tension des nerfs !


Le premier café avec lui s’achève. Commence l’après-midi. Les nuages viennent. Nous marchons contre le vent froid. Au sud de Paris après quelques stations nous allons voir un parc.


La porte du parc est immense et fermée. « Oh ! » On regrette et juste à ce moment-là, devant l’immense entrée de grilles ornées et fermées, dans le vent froid, il m’enlève en l’air.


L’instant de la descente est fixé par un baiser long et glissant.


Un peu plus tard dans son appartement.

Sur la moquette près des fils de l’ordinateur et de son imprimante et tout le bazar on reste allongé tout droit.


La pluie est plus intense.


Nous prenons un Beaujolais. Avec le liquide rouge du Beaujolais les abeilles bourdonnent dans la pièce. »


Non, ce n’était pas lui, David : le noir au fond de moi. Au fond de moi tout ce qui est labyrinthe et incontrôlable, est David.

par meghna publié dans : littérature communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (26)    recommander
Mercredi 26 mars 2008

sumana-npc-4.JPGmichel-deguy.JPG

moi-et-le-gang.JPG--la-table.JPG

Commençons par le commencement. C’est prescrit. C’est bien.

Arrivée à la gare, la Gare du Nord, grincheuse puisque je ne suis pas matinale, je remarque une foule plus dense et agitée que d’habitude. Une grève. Pour une fraction de seconde je pense : « Alors je vais retrouver mon lit et mon sommeil du midi ! » …Plus tard, à l’auberge de Mme Yolande Moinard, « Auberge du Bahot », on rit, on me taquine, de mon besoin insatiable du sommeil, d’un lit bien chaud, d'une couette épaisse - le monde s’agite autour de moi et je dors. Le monde s’agite autour de moi tandis que je balance d’un pied à l’autre et téléphone sans cesse à Jean. Jean Le Boël, poète, l’éditeur des éditions Henry, qui invite depuis des années les poètes dans sa région du Nord-pas-de-Calais, en collaboration avec la Maison de la poésie de la région. Il y aura donc les grands, les plus célèbres, comme le sommet de la poésie française contemporaine, tel Michel Deguy (comme dans les années précédentes, Marie-Claire Banquart, Lionel Ray, Guy Goffette…)…puis aussi, ceux qui sont moins connus, qui sont jeunes, qui sont aussi comme « une passerelle entre la France et un pays étranger", moi. Malgré la grève, on arrive à trouver un train qui nous approche du Nord. Si la montagne ne vient pas à Mohamet, Mohamet viendra à la montagne. Jean vient nous chercher à Arras, qui n’est pas moins d’une heure et demi en voiture de Berck - la première ville qui nous accueillit. Le trajet passe en compagnie de bonnes gens et de belles lettres. Le gris du ciel se confond avec les champs interminables, gris eux aussi. Les lignes légèrement ondulantes, plus souvent dociles et allongés toutes plates.


Arrivés à Berck nous nous dispersons. Notre hôte Jean nous confie chacun aux mains des proviseurs et des professeurs du collège et du lycée, ou encore aux mains des élèves. Au collège Notre-Dame de Berck on me demande si je vis bien avec mon écriture. Moi qui suis dans un va-et-vient incessant entre mes mots et ma vie quotidienne. Moi pour qui les mots deviennent le miroir même. Je vis oui sans doute avec et devant mon miroir. Bien ou mal, peu importe ! En tout cas je me rajeunis sans doute parmi ces âmes pures, pleines de curiosité et de tendresse.


Ensuite, découverte du "Jardin des poètes". Le maire de Verton a consacré un morceau de verdure devant sa mairie aux noms des poètes, ceux qui ont participé jusqu'à présent à cette rencontre, ont l'honneur de voir leurs noms gravés sur la plaque dorée du monument de ce jardin !

La soirée passera ensuite en compagnie de très grand, poète et philosophe, Michel Deguy, avec son recueil « Donnant donnant » ou encore « Gisant ». Poésie profonde, énigmatique, poésie qui demande l’intelligence du cœur. Ensuite Arlette Chaumorcel. Poésie de la vie intime, de ses trajets émotifs...Puis Michael Curtis - poèmes de la situation, les petits drames du quotidien, qui deviennent énigmatiques, secrets...vers la fin, les mots prennent l'envol...

Autour du cocktail chaleureuse Michèle et son petit voisin Pierre, qui rêve de devenir écrivain, Francis - l'époux d'Arlette, photographe talentueux...

Lendemain la parole sera à Romain Fustier - jeune poète, éditeur d'une vieille jeune revue "Contre allées" - poète d'amour, troubadour...Ensuite moi, vous qui connaissez mes morceaux d'azur, ma fenêtre sur l'abîme...je vous laisse deviner la séquence. Ensuite, Georges : humour noir, provocation linguistique, expérimentation et jeu des mots....


Au chemin de retour Jean l'organisateur, ami, m'accompagne avec son épouse Isabelle - peintre, jusqu'à la petite gare de Verton. L'après-midi touchait à sa fin. Une lueur rose orange filtrait à travers les jeunes arbres fleuris que j'appelais par erreur les cerisiers japonais....un calme régnait tout autour... avant de monter dans le train, avant de dire au revoir à Jean et à Isa, je ressens cette chose, le noyau infracassable de la nuit qui venait, l'exquis petit instant dans une gare solitaire, cette chose nommée la Poésie.

par meghna publié dans : littérature communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (20)    recommander
Mardi 18 mars 2008
ville-dor-e.JPG


Je me sentais comme jetée dans le vide, mais c'était agréable, comme sky-diving, je me sentais pelotée, cajolée par des grands nuages mystérieux, dans ce nouveau pays, tout était à recommencer. C'était merveilleux. Du vide surgissaient les nouveaux contours. En vitesse. En douceur. Les visages flous dans une ville européenne. Le visage d'une ville européenne. 


Paris était bleu transparent cet automne-là. Doré. Marcher ou m'asseoir dans un café près de la vitre. Un dialogue improvisé avec un Roumain ou un Hongrois…puis surtout avec les Français. Vous savez combien de milliers de fois j'ai répondu à la question « Tu aimes Paris ? » ou encore  « T'es de quelle origine ? » ? 
 
Puis « T'es belle ! », « T'es trop mignonne ! », « Ravissante mademoiselle !»…Oh oui c'était flatteur. Super agréable. Ma peau chocolatée n'a jamais eu tant de frissons, de plaisir, d'orgueil, d'un narcissisme croissant. Je me regardais de plus en plus dans les vitrines des boutiques et des cafés…les voitures qui étaient garées au bord du trottoir, un pur bonheur, mes miroirs infinis. Les miroirs des regards aussi. Surtout. Je me baladais à Paris comme dans un énorme palais de miroirs et de verre. The Glass Palace. 


L'automne brillait contre la vitre du métro et un air d'accordéon l'accompagnait jusqu'à ce que le wagon entre dans le tunnel humide. Dans ma bouche fondait la mozarella. L'huile d'olive et les tomates. Celui qui m'avait invitée chez lui, avait des cheveux blonds coupés courts derrière le cou, le pendentif en pierre transparente sur la chemise noire en soie. Je ne savais pas ce soir-là, mais je sais aujourd'hui que toutes ces vieilles photos indiennes chez lui, jaunies et encadrées avec soin, ont été achetées chez les antiquaires. Christophe avait un souvenir émerveillé de l'Inde, visitée avec ses parents lorsqu'il avait dix-huit ans. Vieilles photos, vieux cadres…la couverture des coussins, les draps venus de l'Inde. Ou plutôt de la rue Saint André des Arts. Au mur un sultan Mogol, un Ganesh en cuivre, avec un point rouge sur le front. La couleur rouge dans un verre où se reflétait la lumière du petit lustre. Une main qui a hésité deux fois pendant la soirée. Avant que je reprenne ma veste en cuir du dos du fauteuil en cuir et les deux peaux de cuir se frottent et laissent entendre un bruit, « slsssh », il avait pris un ancien flacon de Guerlain pour homme et l'avait tendu sous mon nez curieux : le parfum ou un souvenir du parfum m'entêtait, me montait à la tête…


C'était ça. Un merveilleux dilemme. Laisser le jeu ouvert, à mi-chemin, en hésitation, partout, des regards et des sourires, la joie soudaine et légère, pareille au pollen dans l'air, c'était cette ville. D'abord sa lumière effleure ma peau. Puis me baigner dans cette ville incertaine, dans la poussière de son soleil. Je ne connaissais pas encore la descente vers ses puits. Ce n'était pas en cet automne-là. 2001 : l'idée m'est venue d'écrire un récit de voyage. Ou de séjour. Je ne savais pas encore. Un roman d'amour peut-être. Pourquoi pas ? Cet automne de 2001, pendant mes toutes premières semaines à Paris, je jouais avec l'idée d'être amoureuse, à nouveau, un jour, puis écrire mon amour…les feuilles d'or du jardin de Luxembourg scintillaient au soleil de l'après-midi…je rêvassais… je flânais, je rêvassais… je devenais, chaque jour, un peu plus, à Paris, ce que je suis aujourd'hui.
La vie était à la taille de cette ville. Dans ses passages, dans ses galeries…caresser les livres anciens à la galerie Véro Dodat, goûter pour la première fois un irish-coffee dans le passage Molière. La vie était ce voyage qui m'éloignait de moi-même. La vie m'était une sirène, elle l'est toujours. Je l'observe. Je la vis en même temps. Je vis ainsi toujours deux fois. Il n'y a jamais un seul instant sans son écho. Mes miroirs commencent ici. Un bandeau sur mes yeux et commencent les hallucinantes magies noires…



* Pour vous qui avez déjà aimé des morceaux d'azur...il s'agit du même bleu...vu d'une nouvelle fenêtre - celle de mon roman "Fenêtre sur abîme" - éd de la Différence, sortie en sept. 2008 - (S.G.D.L 2007.06.0197)*
par meghna publié dans : littérature communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (20)    recommander
Dimanche 9 mars 2008

supernova.jpg

Parle ! Sinon j’ai peur. Parle, que je puisse jeter un pont entre nos doigts, entre nos étoiles. Tes paroles créent une voie lactée dans le noir. Le silence explose en millions de soleils. Insupportable beauté, la beauté cruelle de la lumière. De chaque mot naît un nouvel univers. À chaque instant se défait un univers. Nous la poussière, nous le rien, engloutis dans les nuits et dans les jours de cette bouche infinie. Viens, nous allons parler. Sinon j’ai peur.
Viens écraser cette géométrie impossible. Du temps. Des espaces en fuite.
Les cercles sur la surface du lac, à Calcutta, près d’un bois léger, frissonnant, en début d’été. L’herbe d’un après-midi. Et les cercles paisibles. La chemise bleue de mon père. Ma mère qui attend la pluie et chantonne devant la fenêtre.
Les fissures soudaines d’une nuit. Les vols. Un escalator descend. Une valise grise comme l’angoisse. La vie est cet éternel transit. L’errance.
Les interminables bas-ventres. Je ne connais pas ton visage.
Si un jour je peux te nommer, mon doigt dessinera ce signe dans le vent. Un signe simple. Le soleil et l’herbe. Cette terre, insignifiante, perdue, adorée, méprisée, cette terre, l’unique barque dans le vide. Sous nos pieds. Le chemin oscille. La terre bascule pour un oui ou un non. Les désaccords s’harmonisent. Les chemins s’ouvrent, multiples. L’équilibre se défait, persiste, se refait en spirale. Nous sommes déjà sur une autre plaine. Penchée. L’instant est en devenir.
Ton visage, étranger à jamais.
Parle ! Au-delà de cette pièce obscure, au-delà de cette nuit de silence, au-delà de cette fenêtre sur l’abîme. 

(extraits du roman Fenêtre sur abîme à paraître aux éd de la Différence en sept 2008 - Droits d'auteur Sumana SINHA) (S.G.D.L 2007.06.0197)
par meghna publié dans : littérature communauté : Parlons d'amour
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander

Profil

  • : meghna
  • nuage-9
  • : Marié/Pacsé/Union libre
  • : Femme
  • : Paris
  • : D'origine indienne (bengalie) vivant depuis presque six ans à Paris, je suis fascinée par la langue et la culture françaises. Auteur, traductrice, j'essaie de créer une passerelle littéraire/culturelle entre l'Inde et la France.

Nombre de visite sur mon blog

Présentation

Créer un Blog

Derniers Commentaires

Recherche

Texte Libre

 

 

Je est un Autre. Ici c'est l'Autre de moi, de mes émois... Je vous parlerai...de ma vie virtuelle, de ma vie quotidienne, de mes rêves aussi....de mes errances de Calcutta à Paris, le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l'amour ou presque - je vous parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête... 

 
 
 
 



undefined       
Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)



                               undefined

Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2005, éd. Lancelot)

Seuils---Lionel-Ray---traduction-par-Sumana-Sinha.jpg


Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt

Images Aléatoires

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

bannière

Bannière réalisée par Céliandra

Images Aléatoires

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus