Elvira Madigan. Le concerto de piano numéro 21. 7 minutes 58 secondes.
Changer la robe de nuit pour le jean. Le chemisier serre le corps. « If you had my love and if you… » … Mes cheveux sont pêle-mêle tant je danse.
Dans le resto de la Cité-U à la table d’en face un couple d’étudiants coréens. Elle rit en mâchant des frites. Le soleil glisse sur son épaule.
Je porte un chemisier noir. Le eye-liner dense. La lumière se défait au bout de mes cheveux. Une peau couleur de terre.
Je m’assieds dans un cadre de lumière. Sur mon eye-liner noir je sens la chaleur de midi. En face de ce cadre une présence simple. Celui qui est assis et est en train de couper la viande avec
soin, sa tête et son torse, ses épaules, ses doigts, la montre sportive sur le poignet, le mouvement de la mâchoire, ensemble une invitation muette.
Je suis indienne. Eux ils sont européens. Nous sommes différents. C’est pourquoi on s’approche l’un de l’autre. Nous sommes différents. C’est pourquoi on s’éloigne l’un de l’autre.
Je le remarque pour la première fois à cause de son silence. Pendant presque une demi-heure on mange ensemble assis face à face. Sans échanger un mot. La proximité forcée de la vie universitaire
dans une ville étrangère. Quand je pousse la chaise pour partir le garçon lance une phrase dans le vide « Tu voudrais prendre un café ? »
Est-ce que je voudrais prendre un café ? Je me demande.
La vie à la Cité Universitaire, c’est un éternel transit, là, c’est l’anonymat et l’urgence, la désinvolture et l’absolu.
Le premier dialogue avec lui est long et inutile. Se regarder dans les yeux. Laisser traîner le regard dans le regard pour deux secondes. Les yeux verts-bleus, le brouillard sur l’eau. Il semble
que le regard est à effleurer, quelque chose est créé quelque part. Ce jeu, avant vraiment de se toucher, le dilemme, merveilleuse est cette tension des nerfs !
Le premier café avec lui s’achève. Commence l’après-midi. Les nuages viennent. Nous marchons contre le vent froid. Au sud de Paris après quelques stations nous allons voir un parc.
La porte du parc est immense et fermée. « Oh ! » On regrette et juste à ce moment-là, devant l’immense entrée de grilles ornées et fermées, dans le vent froid, il m’enlève en
l’air.
L’instant de la descente est fixé par un baiser long et glissant.
Un peu plus tard dans son appartement.
Sur la moquette près des fils de l’ordinateur et de son imprimante et tout le bazar on reste allongé tout droit.
La pluie est plus intense.
Nous prenons un Beaujolais. Avec le liquide rouge du Beaujolais les abeilles bourdonnent dans la pièce. »
Non, ce n’était pas lui, David : le noir au fond de moi. Au fond de moi tout ce qui est labyrinthe et incontrôlable, est David.
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