Lundi 21 janvier 2008
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Vivre deux fois :
 
Traduire c’est vivre deux fois. Vivre pour un premier temps dans l’« état » du poète, dans la langue d’origine du poème, et ensuite dans la langue d’arrivée.
 
La mère porteuse :
 
Un traducteur, un « bon » traducteur, est une mère porteuse : qui prête son ventre et souffre l’accouchement et donne naissance à l’enfant qui n’est pas, d’origine, le sien.
Est-il possible de séparer les mots de leurs effets ? Selon Elytis, « les idées naissent au moment même où naît le langage qui l’exprime. Chaque langue oblige un poète à dire quelque chose de concret ». Ce lien natal entre les mots et les idées exprimées par eux, les mots et leurs effets, reste-il intact dans le passage à un deuxième terrain linguistique ? L’attente est de ressentir une vigueur fraîche en exploitant les codes linguistiques, les schémas de pensée du poème d’origine. Vient donc la tâche du traducteur de s’approcher, sans cesse, du texte d’origine, en même temps qu’il cherche et affirme sa propre identité. C’est un double-jeu, un double-je, qui est au fond de l’entreprise de traduction…
            Mais combien c’est difficile de devenir autre en restant soi-même !
 
La lutte intime :
 
D’autre part la véritable combat se situe, non pas dans l’affrontement sans merci et sans issue de deux langues, de ce qui les sépare et de ce qui fait qu’elles demeurent étrangères l’une à l’autre, mais il s’agit bien davantage pour le traducteur de la lutte d’une langue avec elle-même, au plus secret de sa substance, au plus près de son énergie propre. Il ne s’agit pas d’une concurrence, de faire mieux que les autres ou aussi bien que l’auteur. Mais de faire naître en nous cet autre que nous sommes déjà.
Je me rappelle quelques phrases d’un critique bengali, Sanjay Bhattacharya, qui affirmait en substance ceci : depuis longtemps, nous n’avons que du marivaudage avec notre langue, de petits flirts mesquins et timides ; il faudrait qu’il passe une vraie passion charnelle entre nos écrivains et notre langue, que notre langue ait des blessures, des secousses, qu’elle ressente un orgasme.
 
(extrait de mon mémoire de maîtrise – Paris- 4 Sorbonne, 2004)
par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Dimanche 20 janvier 2008
 
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L'aventure commence au moment où, à la lecture d'une œuvre poétique, on perçoit avec intensité ce que Pierre Reverdy appelle « cette émotion appelée poésie ». Emotion esthétique mais aussi « communication d’inconscient à inconscient » selon la formule de Jacques Lacan : inconscient du producteur-créateur, inconscient du consommateur-lecteur. L’émotion (mouvement, vibration, relation d’écho intime) concerne aussi bien les sens (l’oreille, les nerfs) que le cœur et l’esprit. Dans le cas où cette œuvre est écrite dans une langue étrangère, le besoin profond d’entrer en résonance avec elle par la traduction (transcription et appropriation) peut devenir impératif. D’une langue à l’autre les échos se multiplient, reste à les formuler, à les organiser en discours cohérent au plus près du texte original, autrement dit malgré tant de distance séparatrice (si l’on veut bien tenir compte de la différence radicale entre les systèmes linguistiques) de jeter un pont au-dessus du vide.

Mais comment faire ? Construire un pont entre les poètes français et les lecteurs bengalis ? Entre les énoncés en français et l’ouïe bengalie ? Traduire vers le bengali : c’est une approche, un chemin, mais jamais complètement là… 
Post n°2… à suivre…
par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 18 janvier 2008

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"La poésie comme l'amour risque tout sur des signes", a dit Michel Deguy, dans son recueil Ouï-dire
Alors traduire un poème - réécrire le même texte dans une nouvelle langue, écrire un  nouveau texte sans s'éloigner du texte d'origine. Quel travail ! Quel risque de trouver l'équilibre entre la liberté et la fidélité - trouver le point de justesse - trouver le point J

Si la langue bengalie reste ma racine, le français sera donc mon aile. Donner l'aile à la racine et la racine à l'aile : voilà en quoi consiste mon travail de traduction. Traduire exige d'approcher au plus près cet univers des poètes marqué par des échanges permanents entre le réel et l'abstrait, la terre et le rêve, l'individuel et l'impersonnel, le centre et la périphérie. Ce va-et-vient constant entre deux pôles contradictoires (ou : apparemment contradictoires) fait toute la difficulté de la traduction.

Par le voyage de traduction - par mon voyage de traduction - ce qui se dévoile ne serait-il pas mes propres pas ? Ne serait-ce pas mes marques à moi, tout ce que je suis, qui donnent corps à l'âme du poète d'origine ?Je traduis et j'écris Bonnefoy en bengali, j'écris Edmond Jabès, j'écris Michel Deguy et Lionel Ray, j'écris aussi Ariane Dreyfus...Dans chaque cas je change de rôle et je me déguise en Bonnefoy ou en Lionel Ray ou encore en Ariane. Ou plutôt tout ce qui est Yves Bonnefoy et Lionel Ray et Ariane en moi, s'exprime ainsi, se "traduit". Ainsi, tarduire c'est d'abord sentir naître le poète en soi, lui donner naissance est la suite de cette aventure, parfois risquée, toujours excitante...

Série sur la/ma problématique de la traduction poètique
Post n°1...à suivre...

par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 16 janvier 2008

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Le pêcheur d'eau. Il pêche les mots et l'eau de mer envahit nos portes. "Le coeur est si fragile et le temps va si vite,/ ne vous retournez pas sur ce passant qui passe, (...)/ Allons, mettez-vous là au milieu du poème, / le paradis est l'affaire de quelques mots/ qui chantent, chantent encore quand morte est la chanson". Oui Guy Goffette nous invite à nous mettre au milieu du poème, il pêche les mots, le pêcheur d'eau : O qui est au coeur de son nom. Il connaît l'eau qui pleure, il connaît le goût d'eau, il a marché sur la mer, il connaît le Dieu des mares, des marées, des mers, des marins, il sait que nous tournons ensemble avec les eaux, les fleurs et tous les animaux, il connaît cette vie à vau-l'eau, il sait que l'important est ailleurs. Un enchantement ce recueil : Le pêcheur d'eau. Ed. Gallimard. collec. Poésie.

Le 2 juin, l'an dernier, ex-président de l'université Paris -4 Sorbonne, professeur de lettres modernes françaises, auteur des plusieurs ouvrages lumineux sur la stylistique, M. Georges Molinié avait invité le poète Michel Deguy à son séminaire. Une journée entière consacrée au poète de Donnant donnant, Gisants, Ouï dire, Poèmes I - 1960-1970, Poèmes II - 1970-1980
éd. Gallimard.
Interviendra, avec d'autres poètes et professeurs, y compris bien sûr G. Molinié, le poète Lionel Ray ( Comme un château défait, Syllabes de sable, Matière de nuit, Nuage, nuit, éd. Gallimard).
Oui c'est drôle de parler de mon mari ainsi (Lionel)...
Parlons plutôt de la poésie alors........
de l'eau, d'O, d'eux les poètes, de la vie, la vraie, qui est ailleurs, cet infra-infime, cet ordinaire qui va vers l'infini..............
par meghna publié dans : poésie communauté : Parlons d'amour
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  • : meghna
  • nuage-9
  • : Marié/Pacsé/Union libre
  • : Femme
  • : Paris
  • : D'origine indienne (bengalie) vivant depuis presque six ans à Paris, je suis fascinée par la langue et la culture françaises. Auteur, traductrice, j'essaie de créer une passerelle littéraire/culturelle entre l'Inde et la France.

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Je est un Autre. Ici c'est l'Autre de moi, de mes émois... Je vous parlerai...de ma vie virtuelle, de ma vie quotidienne, de mes rêves aussi....de mes errances de Calcutta à Paris, le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l'amour ou presque - je vous parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête... 

 
 
 
 



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Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)



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Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2005, éd. Lancelot)

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Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt

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