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L'aventure commence au moment où, à la lecture d'une œuvre poétique, on perçoit avec intensité ce que Pierre Reverdy appelle « cette émotion appelée
poésie ». Emotion esthétique mais aussi « communication d’inconscient à inconscient » selon la formule de Jacques Lacan : inconscient du producteur-créateur, inconscient du
consommateur-lecteur. L’émotion (mouvement, vibration, relation d’écho intime) concerne aussi bien les sens (l’oreille, les nerfs) que le cœur et l’esprit. Dans le cas où cette œuvre est écrite
dans une langue étrangère, le besoin profond d’entrer en résonance avec elle par la traduction (transcription et appropriation) peut devenir impératif. D’une langue à l’autre les échos se
multiplient, reste à les formuler, à les organiser en discours cohérent au plus près du texte original, autrement dit malgré tant de distance séparatrice (si l’on veut bien tenir compte de la
différence radicale entre les systèmes linguistiques) de jeter un pont au-dessus du vide.

"La poésie comme l'amour risque tout sur des signes", a dit Michel Deguy, dans son recueil Ouï-dire.
Alors traduire un poème - réécrire le même texte dans une nouvelle langue, écrire un nouveau texte sans s'éloigner du texte d'origine. Quel travail ! Quel risque de trouver l'équilibre
entre la liberté et la fidélité - trouver le point de justesse - trouver le point J
Si la langue bengalie reste ma racine, le français sera donc mon aile. Donner l'aile à la racine et la racine à l'aile : voilà en quoi consiste mon travail de traduction. Traduire exige
d'approcher au plus près cet univers des poètes marqué par des échanges permanents entre le réel et l'abstrait, la terre et le rêve, l'individuel et l'impersonnel, le centre et la périphérie. Ce
va-et-vient constant entre deux pôles contradictoires (ou : apparemment contradictoires) fait toute la difficulté de la traduction.
Par le voyage de traduction - par mon voyage de traduction - ce qui se dévoile ne serait-il pas mes propres pas ? Ne serait-ce pas mes marques à moi, tout ce que je suis, qui
donnent corps à l'âme du poète d'origine ?Je traduis et j'écris Bonnefoy en bengali, j'écris Edmond Jabès, j'écris Michel Deguy et Lionel Ray, j'écris aussi Ariane Dreyfus...Dans chaque cas je
change de rôle et je me déguise en Bonnefoy ou en Lionel Ray ou encore en Ariane. Ou plutôt tout ce qui est Yves Bonnefoy et Lionel Ray et Ariane en moi, s'exprime ainsi, se "traduit". Ainsi,
tarduire c'est d'abord sentir naître le poète en soi, lui donner naissance est la suite de cette aventure, parfois risquée, toujours excitante...
Série sur la/ma problématique de la traduction poètique
Post n°1...à suivre...
Le pêcheur d'eau. Il pêche les mots et l'eau de mer envahit nos portes. "Le coeur est si fragile et le temps va si vite,/ ne vous retournez pas sur ce passant qui passe, (...)/ Allons, mettez-vous là au milieu du poème, / le paradis est l'affaire de quelques mots/ qui chantent, chantent encore quand morte est la chanson". Oui Guy Goffette nous invite à nous mettre au milieu du poème, il pêche les mots, le pêcheur d'eau : O qui est au coeur de son nom. Il connaît l'eau qui pleure, il connaît le goût d'eau, il a marché sur la mer, il connaît le Dieu des mares, des marées, des mers, des marins, il sait que nous tournons ensemble avec les eaux, les fleurs et tous les animaux, il connaît cette vie à vau-l'eau, il sait que l'important est ailleurs. Un enchantement ce recueil : Le pêcheur d'eau. Ed. Gallimard. collec. Poésie.
Je est un Autre. Ici c'est l'Autre de moi, de mes émois... Je vous parlerai...de ma vie
virtuelle, de ma vie quotidienne, de mes rêves aussi....de mes errances de Calcutta à Paris, le soir dix heures et demie à Sarat Bose Road à Calcutta, les colonnes nues, la cour intérieure rouge
de la maison de deux jours à Pondichéry, les plantes froides autour de la cour, une balançoire, les coussins jaunes oranges dans la balançoire, le brouillard du premier soir d’automne à Paris, un
pont, une main qui a hésité deux fois, le lac vert des yeux, la chemise roulée jusqu’aux coudes, la blancheur de la chemise, et se noyer la tête dans ses bras - l'amour ou presque - je vous
parlerai de ces abeilles qui bourdonnent dans ma tête...
Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)

Mon recueil de la poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2005, éd. Lancelot)

Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali Sumana Sinha (meghna), peintre Jean-Philippe Delacourt
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