littérature

Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /2008 12:50
 


L'aventure commence au moment où, à la lecture d'une œuvre poétique, on perçoit avec intensité ce que Pierre Reverdy appelle « cette émotion appelée poésie ». Emotion esthétique mais aussi « communication d’inconscient à inconscient » selon la formule de Jacques Lacan : inconscient du producteur-créateur, inconscient du consommateur-lecteur. L’émotion (mouvement, vibration, relation d’écho intime) concerne aussi bien les sens (l’oreille, les nerfs) que le cœur et l’esprit. Dans le cas où cette œuvre est écrite dans une langue étrangère, le besoin profond d’entrer en résonance avec elle par la traduction (transcription et appropriation) peut devenir impératif. D’une langue à l’autre les échos se multiplient, reste à les formuler, à les organiser en discours cohérent au plus près du texte original, autrement dit malgré tant de distance séparatrice (si l’on veut bien tenir compte de la différence radicale entre les systèmes linguistiques) de jeter un pont au-dessus du vide.

Mais comment faire ? Construire un pont entre les poètes français et les lecteurs bengalis ? Entre les énoncés en français et l’ouïe bengalie ? Traduire vers le bengali : c’est une approche, un chemin, mais jamais complètement là… 
Post n°2… à suivre…
Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 18 janvier 2008 5 18 /01 /2008 17:39



"La poésie comme l'amour risque tout sur des signes", a dit Michel Deguy, dans son recueil Ouï-dire
Alors traduire un poème - réécrire le même texte dans une nouvelle langue, écrire un  nouveau texte sans s'éloigner du texte d'origine. Quel travail ! Quel risque de trouver l'équilibre entre la liberté et la fidélité - trouver le point de justesse - trouver le point J

Si la langue bengalie reste ma racine, le français sera donc mon aile. Donner l'aile à la racine et la racine à l'aile : voilà en quoi consiste mon travail de traduction. Traduire exige d'approcher au plus près cet univers des poètes marqué par des échanges permanents entre le réel et l'abstrait, la terre et le rêve, l'individuel et l'impersonnel, le centre et la périphérie. Ce va-et-vient constant entre deux pôles contradictoires (ou : apparemment contradictoires) fait toute la difficulté de la traduction.

Par le voyage de traduction - par mon voyage de traduction - ce qui se dévoile ne serait-il pas mes propres pas ? Ne serait-ce pas mes marques à moi, tout ce que je suis, qui donnent corps à l'âme du poète d'origine ?Je traduis et j'écris Bonnefoy en bengali, j'écris Edmond Jabès, j'écris Michel Deguy et Lionel Ray, j'écris aussi Ariane Dreyfus...Dans chaque cas je change de rôle et je me déguise en Bonnefoy ou en Lionel Ray ou encore en Ariane. Ou plutôt tout ce qui est Yves Bonnefoy et Lionel Ray et Ariane en moi, s'exprime ainsi, se "traduit". Ainsi, tarduire c'est d'abord sentir naître le poète en soi, lui donner naissance est la suite de cette aventure, parfois risquée, toujours excitante...

Série sur la/ma problématique de la traduction poètique
Post n°1...à suivre...

Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /2008 22:15

 

Le pêcheur d'eau. Il pêche les mots et l'eau de mer envahit nos portes. "Le coeur est si fragile et le temps va si vite,/ ne vous retournez pas sur ce passant qui passe, (...)/ Allons, mettez-vous là au milieu du poème, / le paradis est l'affaire de quelques mots/ qui chantent, chantent encore quand morte est la chanson". Oui Guy Goffette nous invite à nous mettre au milieu du poème, il pêche les mots, le pêcheur d'eau : O qui est au coeur de son nom. Il connaît l'eau qui pleure, il connaît le goût d'eau, il a marché sur la mer, il connaît le Dieu des mares, des marées, des mers, des marins, il sait que nous tournons ensemble avec les eaux, les fleurs et tous les animaux, il connaît cette vie à vau-l'eau, il sait que l'important est ailleurs. Un enchantement ce recueil : Le pêcheur d'eau. Ed. Gallimard. collec. Poésie.

Le 2 juin, l'an dernier, ex-président de l'université Paris -4 Sorbonne, professeur de lettres modernes françaises, auteur des plusieurs ouvrages lumineux sur la stylistique, M. Georges Molinié avait invité le poète Michel Deguy à son séminaire. Une journée entière consacrée au poète de Donnant donnant, Gisants, Ouï dire, Poèmes I - 1960-1970, Poèmes II - 1970-1980
éd. Gallimard.
Interviendra, avec d'autres poètes et professeurs, y compris bien sûr G. Molinié, le poète Lionel Ray ( Comme un château défait, Syllabes de sable, Matière de nuit, Nuage, nuit, éd. Gallimard).
Oui c'est drôle de parler de mon mari ainsi (Lionel)...
Parlons plutôt de la poésie alors........
de l'eau, d'O, d'eux les poètes, de la vie, la vraie, qui est ailleurs, cet infra-infime, cet ordinaire qui va vers l'infini..............
Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 2 janvier 2008 3 02 /01 /2008 12:09
Uday Prakash :
 
 

Dans la préface de ce recueil de nouvelles il confie qu’il est comme ce potier qui par hasard un jour soit par erreur soit pour un besoin quelconque avait tissé une chemise ; depuis, tous commencèrent à l’appeler couturier. Ses clients ne venaient plus chez lui acheter les pots et les poteries, mais ils venaient pour le tissage des chemises et des pantalons. Uday Prakash, romancier reconnu, conteur par hasard.

Ici il s’agit d’un recueil de douze nouvelles. Au début, comme dans la vraie vie, l’enfance, les souvenirs d’enfance. Racontés de telle sorte, enchaînés de telle manière que se construit presque un récit de souvenir d’enfance. On peut y suivre le glissement du temps, voir le temps mûrir, et la vie avec, l’enfant grandir, et ainsi scintiller les mille morceaux des souvenirs, les plus simples, les plus banals, les plus cachés. Dans les nouvelles suivantes le « je » de l’auteur est un peu diffus, distancié.   

Il s’agit aussi d’un réalisme minutieux. Tel un artisan qui sculpte son objet de bois, Uday Prakash cisèle les détails de ses personnages, de chacun de leurs gestes, des paysages… La vie modeste des gens du « peuple » en Inde, l’odeur de la terre et la marée haute, les fourmis rouges cachées sous les racines des arbres et qui connaissent peut-être certains secrets de ce monde mieux que l’Homme, les merveilles des champignons pittoresques et vénéneux et les seins d’une adolescente, aussi secrets, aussi interdits, aussi enchanteurs, la nature et l’Homme, la vieille maison d’ancêtres qui allait vers la ruine, ses murs poreux et son toit affaibli,  il semblait qu’il s’y installait toute une autre vie (…), celle qui est autre et étrange, qui décidait dans la nuit de la mort lente de ce foyer ». Et de toutes ces anecdotes émane une lumière, celle d’une vision spirituelle, poétique, parfois teintée d’un certain moralisme.  

            Ce que j’ai aimé c’est cet artisanat textuel, ce tableau parfait de la vie indienne. Ce que j’ai moins aimé c’est le message moral à la fin de chaque nouvelle, qui réduit un peu, parfois beaucoup le charme littéraire et rend le texte artificiel. Une fois habitué à ce style, en tant que lectrice je soupçonne déjà dès la première ligne des nouvelles suivantes ce complot moraliste, je me sens piégée par ses leçons de valeur, ses lamentations sur un monde cruel et meurtrier.

             

            Note de lecture ? Umm… Agréable au début. Déception vers et par la fin. Mais quoi ? Une critique n’est jamais une éloge ! Non ?

Areba Pareba : Uday Prakash - éd. Penguin (version hindi)

Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 31 décembre 2007 1 31 /12 /2007 14:18


Comment ai-je pu oublier ? Ou peut-être ce n’est que normal. C’est peut-être dans l’ordre des choses. Dans l’ordre de ce livre. Puisqu’il s’agit d’oubli. Ainsi par redondance, par la secrète harmonie inconsciente, j’ai oublié de parler de « Meuse l’oubli ». De Philippe Claudel.

 

Pourtant j’ai été éprise de ce livre. C’était l’été dernier. Fin d’été. Pourtant il ne s’agissait pas d’une lecture sur la plage, odeur de la mer, au soleil brûlant sur les cimes des vagues, le monde tout autour s’agitant sur le sable, dans l’eau, se bataillant pour un ballon rouge, pour un baiser…Non. C’était l’été. Mais confinée dans mon appartement, puis dans ma chambre, dans mon lit, car au fur et à mesure de ma lecture, j’entrais dans un cocon, aller au salon, m’allonger sur le canapé signifiaient trop de dispersion, il fallait que je me concentre sur ces pages, il fallait que je me centre sur ces pages. Cent cinquante pages, à peine. Il fallait boire cela à coup sec. Sans penser à autre chose. Sans diluer avec d’autres éléments plus légers de la vie. Ce n’est pas un livre à cocktail.

 

« Je buvais souvent alors de ces petits vins blancs du Rhin, sans nom, en pensant fort au cul de Paule. » Si la toute première phrase est imbibée des pensées, alors le reste, jusqu’au dernier mot le travail sera de l’oubli.

 

Oublier celle qui fut la source de lumière, de bonheur, de plaisir, celle qui fut l’amour, celle qui est morte.

 

 

 

Comment oublie-t-on ?

 

Oublier comme les fresques romaines sous un coup de vent. Oublier comme plonger les aquarelles dans l’eau. Oublier comme immerger les icônes des dieux dans le Gange et voir fondre dans l’eau leurs corps de glaise.

 

Tout un travail d’oubli. Tout l’effort. Chaque jour. Enterrer un centimètre de plus dans la terre. Jeter une poignée de plus de terre dans le fossé. Oublier.  

 

 

Et revenir à la Vie par un petit rien, pour un petit rien. Grâce à l’élégance d’un simple geste, d’une frêle présence. « …une promesse rousse et claire, un jeune élan de chair, une flamme immodérée… » Recommencer la Vie. L’éternité : par ici…

 

Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /2007 13:40

 

Ce livre, léger, tellement fin, à peine 90 pages, venu en cadeau, comme d'habitude, sur le bureau de mon mari, écrivain/poète...Couverture blanche, rayures blanches en relief, cachet de P.O.L. La maladie du sens - Bernard Noël. Aussitôt je l'appropie.

La voix narratrice, c'est celle d'une veuve qui fut l'épouse d'un écrivain - "prise par passion, puis épousée par devoir". Mais un écrivain dont le dernier mot avant la mort sera "Brûlez !". Il s'agissait bien sûr de ses écrits. Vivant, il parlait à son épouse, il lui confiait ainsi ses pensées, mais ce n'était pas autant pour solliciter une oreille que par le désir de trouver un miroir, de se retrouver devant un miroir ! "mais n'étais-je pas le miroir sans tain de sa parole (...)?"
Sans intrigue, sans événement, sans ainsi dire de personnages, ces pages sont les pensées profondes d'un poète...Non les incidents mais les pensées sur les incidents. Non le réel mais l'abstraction de toute réalité. Au fur et à mesure de ma lecture, je suis au coeur du poète Bernard Noël et non au coeur de cette fiction. Suis-je en train de lire l'aveu d'un poète éminent, d'une sorte de post-face de son oeuvre entière ? Ses réflexions sur l'écriture, cette écriture sur l'écriture, ne s'agit-il pas de la sienne?

"...il avait fait de moi le miroir grâce auquel il se voyait exister. Il était devenu si impersonnel que j'étais la preuve de sa personne." Cette épouse-miroir, ne serait-elle pas sa propre conscience ? Bernard Noël vu par (et dans le miroir de) Bernard Noël ? Être sa propre épouse ? réceptrice de ses pensées ? Se cueillir dans ses propres paumes ? "L'ignorance de l'épouse lui permettait l'équilibre idéal" - mais ne serait-il pas la part d'ombre en lui-même ? la face cachée de l'érudit ? L'épouse et l'érudit - ensemble, marié, une entité unique et entière du poète.
"Oui, je sais, nous ne sommes que de vaines formes de la matière, mais bien sublimes pour avoir inventé Dieu et notre âme." Cela pourrait être la dernière phrase.

Par meghna - Publié dans : littérature - Communauté : Parlons d'amour
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Fenêtre sur l'abîme - premier roman directement écrit en français - éd. de la Différence, 2008. Sumana SINHA - d'origine indienne vivant depuis 8 ans à Paris; auteur, traductrice

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Trapèze des langues



Recueil de poésie bengalie contemporaine (20 poètes) en français - préfacé par Lionel Ray (Paris, 2007, éd. Le Temps des cerises)


Recueil de poésie bengalie contemporaine - livre trilingue - français, espagnol, bengali (Murcie, 2006, éd. Lancelot)



Recueil de poèmes de Lionel Ray - Livre d'art - Traduction en bengali - Sumana Sinha, peintre Jean-Philippe Delacourt

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