Cela vous rappelle quelqu’un ? Dali ? Oui. A moi aussi, lorsque je regarde les tableaux de Gari, ces espaces infinis, où le ciel et le sable se confondent, du vide
surgit un visage, ailleurs ce sont des personnages et des objets qui deviennent de plus en plus minuscules, la géométrie impossible du Temps et une horloge dégouline comme le Camembert. Le Temps
déstructuré revient sans cesse dans les tableaux de Gari. L’horloge Camembert ou le sablier brisé. Ou encore par les symboles, par les icônes : Mahatma Gandhi et Che côté à côté, face à face,
opposés et en parallèle. Gari est-il un peintre engagé ? Possible. Au moins il se sent concerné. Manifestement. Ses tableaux où vient dans le cimetière une femme tête couverte de foulard et non
loin sont les tombes de toutes les couleurs, ses tableaux où les enfants couleur d’ébène vous posent des questions avec leurs grands yeux ouverts et hurlants, ses tableaux où l’on voit s’arrêter
le Temps et une main qui a les fils électriques au lieu des veines tend la pomme promise - Gari vit le Mal du siècle et nous avec lui. A voir aussi son autoportrait - une buste en marbre brisé,
une larme vive pourtant au coin de l’œil.
A vous d’errer sur ses vastes plages qui miroitent le ciel transparent…et le Temps qui passe et qui ne passe pas... http://www.art-by-gari.com/

Et voici Did. Le plus jeune parmi les quatre. Il se dit inspiré par la mère Nature. Did crée les arbres-hommes. Les arbres qui ont pour racine les
corps humains, ou les corps humains qui sont devenus les racines. Il y a donc justement une dialectique entre l’Arbre et l’Homme. Commencer par où ? Par qui ? Du haut vers le bas ou du bas vers
le haut ? De l’arbre - figure de la Vie, de la fraîcheur, de la Nature dans son état pur - descendre aux hommes, les corps entassés, les corps nus entremêlés - l’étape plus complexe,
labyrinthique, chaotique de l’existence. Ou de cette existence complexe, labyrinthique, chaotique aspirer le Haut, aspirer le grand bleu du ciel, tendre ses mille bras branches et atteindre la
Hauteur. De nos vies toutes entrelacées, enterrées, étouffées, surgissent l’Arbre invincible et ses branches respirent la liberté. Avec un dessin complexe et dense à souhait, l’efficacité et
l’imagination en parfait mariage, Did nous enchante…Il a aussi ses tableaux en couleur, ses sculptures des arbres transparents, lumineux…
A vous d’attraper ses branches, de trouver ses racines…
http://www.didart.fr/
par meghna
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Voici Bob. L'inquiet. Celui qui dérange. Celui qui est troublé lui-même. Ses tableaux, chaque fois c'est la plongée dans l'eau troublante. Dans un sens, il me
rappelle Gina. Dont vous vous-souvenez peut-être ! Vigoureuse cubaine. Dont les tableaux sont les vies déchirées, éparpillées, rassemblées et retissées de nouveau. Bob prend nos vies en main, nos
photos, et les transgresse, les explore, y ajoute les couleurs et les effets spéciaux, les lettres, les phrases parfois, les accessoires - chapeau, bottes, lingeries, lunettes ou un sourire ou un
regard - les vies fragmentées poussent souvent un cri, de plaisir, de douleur, d'appel... les vies se retrouvent... On dirait que de tableaux en tableaux, Bob cherche et trouve le même visage, le
même corps... ses personnages sont en orgie, en couple, en amour et en déchirure...ses personnages sont en fin de compte les mêmes, dirais-je un seul et unique couple qui se manifestent dans de
diverses vies ?
A votre tour de vous y plonger :
http://stephanevallet.noosblog.fr/
Dans les articles suivants je parlerai de Gari, de Did - artistes, mes amis virtuels... d'Eknath et de Blandine aussi... l'un est Olivier en habit, en peau, d'Ekanth
- fasciné par l'Inde, connaisseur du sanskrit et de la littérature et de la culture indiennes; l'autre, traductrice littéraire, critique littéraire, a trouvé son amour dans les belles lettres
anglo-saxonnes, américaines...
par meghna
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Pour analyser les problèmes de la différence des mondains, des perspectives socio-culturelles :
du même poème - "de l'errance ou dormir" (extrait
du recueil "Nuages, Nuit", Lionel Ray, éd Gallimard) :
maintenant la colline s'accroît du poids du ciel.
encore un peu de vent et nous voilà surgir
dans la si fraîche odeur des pêchers déchirants
la nuit a pris le fleuve par le bras lentement
les mots se sont posés comme des mouchoirs sur l'herbe
comme l'oubli pauvres mots sans faste ni lointains.
(première strophe)
le troisième vers du poème :
dans la si fraîche odeur des pêchers déchirants
Traduire "pêcher" n'était pas impossible puisque le fruit existe dans la littérature étrangère disponible pour les lecteurs indiens. Mais la forme exacte de ce fruit, sa couleur
orange-dorée, le velours de sa peau et le poids qu'on sent quand on le tient dans sa main, sa saveur et son odeur, toute une nostalgie, tout un vécu avec lui, des souvenirs enfouis, toute cette
"histoire" qu'évoque le mot "pêchers" est absente pour un lecteur bengali. On peut se venger ainsi en citant mille et un exemples de fruits et de fleurs exotiques qui resteront "loin" de la
psyché des français.
Mêmes remarques au sujet des vers suivants :
[...] dors à
pleine poitrine à pleines mains à plein automne
Encore, traduire "plein automne" n'est-il pas difficile au niveau linguistique mais il l'est au plan affectif. Un Bengale qui n'a connu qu'un automne court, gris,
ascétique, et très loin de la plénitude et de la volupté mélancolique de cette saison européenne qui fut la saison préférée des Romantiques.
On peut avoir le même propos sur "ces années d'oranges"....sur "soldats fondants" (soldats de plomb)...
On sait maintenant que le vécu lui-même est insaisissable, pas seulement le rêve dont il est issu. On ne connaîtra jamais assez la machinerie des pensées du poète. La volupté et la mélancolie
s'entrelaçent, l'histoire personnelle et l'Histoire du pays se cotoient, les mots brûlés resurgissent. "Ce qui chez d'autres est angoisse ou dérangement, devient chez lui une douce féerie de
la méconnaissance" (Alain Bosquet, dans l'article "Lionel Ray : pour un langage éclaté" publié dans Le Matin en 1983.
A suivre...
par meghna
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Ce qu'on perd et ce qu'on gagne :
Un poème de Lionel Ray : de l'errance ou dormir extrait de Nuages, Nuit (éd. Gallimard)
(...) les yeux ouverts sur des chemins informels dors
dans le sel et l'eau somptueuse. je suis le
satin de tes nuits je suis du temps abrogé
établi sur des morts. tu es ma paix furieuse
ma danse ma ménade. dors dans l'oreille
des cendres dans le vert glacial la note brève.
(extrait)
Dans ce poème où il y a une collection d'images rares, il me semble que Lionel Ray manifeste son ambition d'instaurer un nouveau statut du langage poétique, autonome, confirmant son
ambition d'écrire "un texte fragmenté qui se détruise au fur et à mesure qu'il se fait, et soit susceptible d'être réinventé à l'infini".
A sa traduction, parmi les maints problèmes que j'ai connus, aujourd'hui je vous en propose un :
L'absence du genre des mots en bengali :
[...] tu es ma paix furieuse
ma danse ma ménade.
Pour traduire "ma paix furieuse " je me suis laissée tenter par une petite aventure linguistique. En français le terme "paix" est féminin et donc par la simple application de la règle
grammaticale il sera accompagné par un adjectif au féminin. Mais le sous-entendu va au-delà de la linguistique : le mot "paix" est attribué à "tu", à la "femme" du texte. En traduction bengalie
ainsi au lieu de me contenter d'un adjectif quelconque désignant tout banalement "furieux" ou "furieuse", (puisqu'il n'y aurait qu'un seul terme pour deux - à cause de l'absence du genre en
bengali), j'ai cherché parmi les mots dérivés du sanskrit. Et je trouve alors ce mot "rousha" qui veut dire une femme furieuse, ou une femme qui se met en colère facilement, mais qui est aussi un
prénom d'antiquité hindoue. Le mot est sensuel grâce à cette sonorité en "sh", sans oublier la rondeur de "rou". Quant au mot "paix", il se traduit par "shanti", où il y a encore un "sh", et il
se termine par un "ti" définitif - "rousha shanti". Voilà : on recrée la sensualité et la volupté d'une guerre amoureuse.
A suivre...
par meghna
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